Franz von Sickingen, reitre sans foi ni loi, faisait en ce
moment-là la guerre à l’archevèque et prince-électeur de
Trèves qui, déjà à la diète d’Augsburg en 1518, avait
demandé l’intervention de l’Empire contre le malfaiteur.
Celui-ci commença ses tristes exploits dans le pays trévirois
par l’attaque de la ville de Saint-Wendel. Le sac de la
ville et de toute la contrée sema la terreur parmi les habitants
du pays; ils quittèrent tout et s’enfuirent dans les
forêts voisines. Quand Franz vit la partie perdue, il se
retira en commettant partout de tels crimes qu'un contemporain
a écrit que les pierres enfouies sous terre avaient
pitié des victimes (« Dass cin Stein unter dem Erdreich sich
erbarmen müchte »). Le grand criminel envoya à son fils
Jean, resté avec une petite troupe dans les murs de Saint-Wendel,
l'ordre d’enlever tout ce qui restait encore dans
la basilique et dans la ville, de détruire les reliques de saint
Wendelin et d’anéantir par le feu la ville entière, son enceinte
et tous ses bâtiments. Mais Jean avait dù fuir et
quitter Saint-Wendel la nuit avant l’arrivée du messager
portant cet ordre barbare.
C’est ce même Franz von Sickingen — je ne cite que
les auteurs allemands — dont le père avait été mis au
ban de l’Empire et décapité par le bourreau. C’est ce même
Franz von Sickingen qui, traitre à son empereur, avait
offert ses services au roi de France François Ier. C’est ce
même Franz qui attaquait les pauvres pèlerins et les convois
des riches marchands qu’il guettait sur les routes.
C’est ce mème Franz qui, pendant trois ans, avait dévasté
la belle ville de Worms et son riche pays. C’est ce mème
Franz qui sema la dévastation et la mort dans la Hesse et
dans le Wurtemberg, pays dans lesquels 1l exerça sa fureur
avec une cruauté indescriptible (« Er wütete mit unbeschreiblicher
Grausamheit »). C’est le mème Franz qui, avant
d'attaquer l’archevêque de Trèves, avait déclaré la guerre
au duc de Lorraine, sans le moindre motif, rien que pour
le plaisir de pouvoir saccager et tuer, et qui avait envahi