SOUVENIRS DE GUERRE
d’un ancien fusilier du 39° régiment
qui prit part à la bataille de Spicheren
(6 août 1870) (1)
On traversa Sarrebruck. Par un chemin creux de montagne,
l'itinéraire que nous suivions conduisait à la vieille
place d’exercices de la garnison de Sarrebruck. Nous étions
presque arrivés sur la hauteur, lorsque le major von Wangenheim
se retourna et, de sa voix de tonnerre, nous cria :
« Chargez! » Nous chargeâmes l’arme en marchant.
Il est bon de charger son fusil, disaient les hommes car,
tout à l’heure, nous allons passer la frontière.
« Vers la droite, par sections déployées! » commanda
le major, lorsque nous eûmes atteint la place d’exercices.
Les compagnies se déployèrent.
Le major donna alors l’ordre au porte-drapeau de sortir
le drapeau de son enveloppe. Haut dans le vent, le drapeau
flottait maintenant! Au même instant, le premier obus
ennemi siffla en venant vers nous. Il explosa devant le
bataillon, sans causer aucun dommage.
« Seigneur, qu’est-ce que cela? » s’écria un fusilier.
« Eh, mon Dieu oui, ce sont des obus ! répondit le lieutenant
Scheffler. Un second…, un troisième obus suivirent; un
autre se ficha dans la façade de l’auberge de « Belle-Vue »
qui se trouvait derrière nous. Les habitants de Sarrebruck,
{1} Récit inséré dans la revue illustrée Die Feldgraue, de la 50° division
allemande (mars 1918).