veiller aux velléités de résistance et à la mauvaise volonté
du « Magistrat » de Sarrebrück (1).
Mais nous sommes en guerre, en pays conquis et en pays
frontière, et l’agent national est constamment détourné de
sa tâche révolutionnaire locale par des soins moins mesquins.
La guerre domine tout.
Il faut que l’armée vive. qu’elle soit approvisionnée, que
l’on évacue ses blessés: d’où d’incessantes réquisitions de
voitures, un souci constant de l’état de la navigation de la
Sarre.
Mais les paysans épuisés par des réquisitions continuelles
se défendent de leur mieux contre l’anarchie administrative
et les effets de la dépréciation monétaire. Ils font de
la résistance passive. Il faut les contraindre à ravitailler
l’armée en campagne, la forteresse de Sarrelouis, à ravitailler
encore les petites villes environnantes, Boulay,
Bouzonville, menacées de famine au milieu de ces campagnes
qui s’épuisent et même Metz et Strasbourg; à ravitailler
enfin, nous le verrons, les ouvriers des usines (2).
Ceux-ci ne se montrent pas moins récalcitrants et ont
très fréquemment recours à de véritables grèves.
(1) « La municipalité de Sarrebrück n’ayant point encore rendu à l’Administration
le compte qui lui a été demandé par délibération du 25 brumaire
derniers, des exploitations des bois qu’elle a fait faire. j'ai chargé les commissaires
délégués dans ledit pays de lui enjoindre de rendre compte sans le
moindre retard; faute de quoi, il sera pris des mesures répressives contre
elle. (FrANTz au Comité de Salut public, 2e décade de frimaire.) Le 30 brumaire
an IV Frantz, devenu commissaire provisoire de l’Administration municipale
du canton de Sarrelibre, écrira au bailli Lex de Sarrebrück, qui
avait imposé de 34 louis d’or la commune de Puttelange-Créhange annexée
à la France et relevant du département de la Moselle (Archives de Sarrelouis.
Sans cote) : « Je suis surpris que vous persistiez à considérer cette commune
comme devant toujours faire partie du pays de Nassau. »
(2) Les paysans pêchent par égoïsme, mais ils n’ont pas tous les torts
« Il faut cependant convenir que le refus de ces cultivateurs.…. prend plutôt
sa source dans la situation misérable. que dans la malveillance, car au lieu
d’être déchargés dans les lieux qui leur sont désignés, on les fait porter sur
d’autres points éloignés eb d’où ils sont obligés quelquefois de revenir à
30 ou 40 lieues d’ici dans le moindre secours en vivres et fourrages, ce qui
opère la destruction totale de leurs hestiaux.…. » (Rapport du 1° nivôse
an II.) Frantz s’honore lui-même en prenant ainsi la défense de ses administrés.