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donné aux Rhénans l’unification de leur pays jadis si morcelé
et fait tomber les innombrables barrières artificielles
qui en entravaient le développement économique.
Imprégnés de culture latine, catholiques en majorité, les
Rhénans avaient pris goût à la liberté. Leur pays, divisé
en quatre départements de l’Empire français, avait prospéré.
Ils avaient goûté l’enivrement de la gloire que Napoléon
avait si généreusement fait connaître à ceux qu’il
avait entraînés derrière lui.
Des temps français, les Rhénans avaient gardé deux
choses : le culte de l’Empereur (ce qui ne veut pas dire le
culte des Français!) et le culte des idées libérales. La
Révolution de 1848 eut sur eux une influence profonde.
Ils se sentaient supérieurs aux Prussiens, leurs nouveaux
maitres depuis 1815 seulement, et prétendaient rejeter leur
joug.
Certes, ils étaient Allemands de culture, et ils entendaient
le rester alors. Mais leurs sympathies n’allaient pas vers
une Allemagne protestante, casquée et bottée comme celle
que la Prusse personnifiait, cette Prusse venue assez tard
du nord-est et dont ils n’avaient pas oublié les origines
slaves. Leurs sympathies allaient vers l’Allemagne catholique
et intellectuelle, d’origine germanique, qui avait participé
à la culture latine venue du sud, mais surtout de
l’ouest; vers l’Allemagne qui honorait les centres de culture
rhénane deux fois millénaire comme Cologne et Trèves; vers
cette Allemagne qui célébrait le grand Rhénan Josef Gôrres
que Napoléon 1€ avait intitulé « la septième grande
puissance » et qui cultivait le culte des Schiller et des
Gœthe. La masse des Rhénans n’oubliait pas ce que la
culture allemande devait à la culture latine, et elle n’entendait
pas qu’on traitât cette culture latine en ennemie
et qu’on tentât de la rabaisser au profit d’une soi-disant
culture prussienne.
Henri Heine est peut-être la personnification la plus
vivante de cet état d’esprit nouveau qui devait se faire
1ARRTE