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Habitué peut-être à trop résumer, à trop condenser les
faits, le mot frontière avait pour moi, à toutes les époques,
la signification qu’il a aujourd’hui.
Or, mes études m’ont révélé que cette conception si
nette d’une ligne qui sépare deux souverainetés elles-mêmes
nettement définies, conception moderne de la frontière
si elle avait été admise aux temps de l’Empire gallo-romain
avait peu à peu été très modifiée.
Des ruines de l’Empire gallo-romain allaient surgir les
États fédéraux avec leurs relations si complexes, si embrouillées
parfois que nous en perdons facilement la trame.
Les possessions féodales s’interpénètrent à la conception
précise de la souveraineté succède celle que le droit féodal
impose. La notion du suzerain remplace celle de l’État.
De même que les territoires sont enchevétrés dans certaines
marches frontières, les droits le sont si bien qu’on finit
par ne plus savoir très bien quel est le vrai maître suzerain
de certaines possessions qui d’ailleurs changent de maîtres
sans changer de suzerain.
De tout temps, il y a eu, c’est certain, un sentiment
national français. Mais il est infiniment difficile à définir.
[] faut arriver à la Révolution française pour voir préciser
avec une rigueur presque mathématique les notions jusque-là
très complexes, de frontières, de patries, de patrio-Lisme.
Certainement, celui qui lit la magistrale histoire lorraine
de M. Parisot et qui oublie ce fait, éprouvera le
sentiment que j'ai ressenti, lors de la première lecture de
set ouvrage et que je n’éprouve plus maintenant.
La grande originalité de Robert Parisot, c’est de s’être
placé à un point de vue provincial pour juger sa province.
C’était un régionaliste convaincu qui appuyait ses raisons
d’être régionaliste sur une parfaite connaissance de ‘notre
histoire, dont aucun détail ne lui échappait, mais dont les
détails ne l’empêchaient pas d’apercevoir l’ensemble dans
une magnifique synthèse. Rien n’est plus compliqué que