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urgents, restèrent par trop souvent, pendant les froides
nuits de novembre, sur une maigre couche de paille, à la
belle étoile, ou dans des tentes dressées en toute hâte.
L'image du désespoir s’offrait à chaque pas. Les plaintes
des souffrants, les appels et les râles des mourants emplissaient
nuit et jour les salles du grand bâtiment. Les habitants
s’unirent, apportèrent des lits et de la toile, soutinrent
la municipalité dans l’accomplissement de son affligeant
devoir et soignèrent eux-mêmes les malheureux qui,
malgré les soins les plus empressés, ne succombèrent que
trop souvent. Bientôt la place fut trop petite; le maire
fit évacuer une caserne (celle de l’artillerie et le cercle
militaire actuel) pour les malades qui ne cessaient d’arriver
et cependant l’affluence fut si grande que ces pauvres
hommes à demi-morts, durent dans le plus lamentable
des états, poursuivre un voyage auquel ils devaient sans
doute succomber. Bientôt éclata également une maladie
contagieuse qui en emporta une foule. À la hâte, devant
la porte d’Allemagne, près de la Sarre, furent creusées
des tombes et les morts enterrés en masse. De la chaux et
de la terre recouvrirent ces héros, qui s'étaient frayé un
chemin parmi les plaines glacées de la Russie et au milieu
des mains des Cosaques uniquement pour pouvoir mourir
dans leur patrie en inconnus cependant et d’une mort misérable.
Bientôt également l’épidémie sévit parmi les habitants;
en six semaines ne moururent pas moins de 120
personnes. Dans cette calamité générale se noyèrent les
douleurs et les soucis de chacun. On fit peu attention aux
bandes de soldats appartenant à toutes les armes et qui traversèrent
la ville à la häte.
L’équipage tout entier de l’Empereur, composé de plusieurs
centaines de chevaux et de voitures, ainsi que ses
serviteurs, les fonctionnaires de la cour et les domestiques
du prince de Neuchâtel (Berthier) cantonnèrent à Sarrelouis
ou autour de la ville sans attirer spécialement sur
eux la curiosité des masses. On entendit également bientôt