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et de l’autorité militaire en tête, le cortège défila en une
longue procession par toutes les rues de la ville, sous la
sonnerie d’une unique cloche, le tonnerre des salves d’artillerie
et les cris de la population. On fit halte au club
des Jacobins. Puis on se remit de nouveau en marche pour
s'arrêter sur la place devant le bâtiment du gouvernement
pù la déesse s’assit devant un autel sous un baldaquin
richement orné. Et des fleurs furent répandues autour
d’elle, de l’encens et toutes sortes de parfums brûlés en
son honneur; on chanta des chants patriotiques et des chansons
bouffonnes; des discours exaltés furent prononcés
et la carmagnole dansée, de sorte que, sans grande imagination,
l’homme vraiment raisonnable, pouvait se croire
reporté dans li pénombre d’une époque révolue depuis
longtemps. Et chacun devait assister à ces spectacles
absurdes et tragi-comiques et faire semblant tout au moins
de les approuver et d’y prendre part, s’il ne voulait pas
s’exposer au danger de paraître suspect.
Des lueurs semblèrent vouloir pourtant également briller
au milieu de ce délire du peuple. Il y eut parmi les fêtes
des manifestations d’un caractère moins effrayant et qui
présentèrent même un touchant cachet de poésie. Ainsi,
dans les cimetières, quand les tombes eurent été dépouillées
de leurs insignes religieux, seules les fleurs furent encore
utilisées en symbole d’amour et d’attachement aux morts.
Et la fète de la nature ou plutôt de Cérès offrit un spectasle
aussi imposant que gracieux. Pour cette cérémonie
se réunirent, en un long cortège, les’ autorités civiles et
militaires, ainsi qu’une grande foule de gens du peuple.
On se rendit dans les champs qui se trouvaient près des
cimetières devant la porte de France» En tête marchèrent
les chœurs musicaux suivis par les notabilités en habits
officiels de gala. Ensuite suivait une charrue dorée tirée
par quatre magnifiques bœufs aux cornes dorées, puis
une herse avec deux chevaux blancs richement harnachés.
Ensuite venaient de jeunes faucheurs et de jeunes fau-