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Si l’on juge l’opinion de la contrée d’après celle des
différentes localités, si l’on tient compte de la manière dont
le pays fut gouverné, par les roués et les maîtresses, si l’on
considère que les requêtes les plus justifiées du peuple
furent méprisées, et qu’au désordre intérieur sans cesse
grandissant on n’opposait plus qu’une force efféminée,
alors il n’est plus possible de s’étonner des événements qui
suivirent et qui, même dans les plus petites localités, prirent
inévitablement un caractère révolutionnaire.
Pour décrire par quelques traits le’ gouvernement de
Louis XV, qu’il nous soit permis d’emprunter quelques
lignes seulement au Résumé de l’histoire de France de
F. Bodin.
« Pour achever le tableau de ce règne, il faudrait parler
des interminables querelles religieuses et des intrigues
politiques dont l’objet:était une bulle Unigenitus,.qui proclamait
l’infaillibilité du pape. Il faudrait rappeler la
persécution renouvolée, par les jésuites et le pouvoir,
contre les Jansénistes et le Parlement ainsi que les ridicules
miracles avec lesquels ceux-ci essayèrent de se défendre.
Il faudrait raconter les débordements de la cour et
les scandales de la vie privée d’un roi, qui n’aimait pas
le peuple; d’un roi qui, s’abandonnant aux femmes les plus
éhontées, donna le gouvernement à la débauche comme
une récompense et passa dans les orgies du parc aux Cerfs
le temps où le peuple manquait de pain. Il faudrait décrire
le despotisme mesquin des lettres de cachet, et dire comment
un chancelier Maupeou osa, à la face de la nation,
mettre des créatures à la place de juges qu’on trouvait
trop intègres. Mais pourquoi s’arrêter à l’ignoble spectacle
de cette décrépitude de l’arbitraire? Elle a produit les
plus grands biens; c’est assez. Le règne de Louis XV est
calui de tous auxquels la France a le plus d’obligation :
il l’a fait peneer profondément : il a désillé ses yeux en
laissant tomber l’aur£ole du pouvoir absolu; il a hâté l’époque
de la virilité nationale. Le despotisme dégradé est aussi