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à la Moselle qui est elle-même, à partir de Trèves, praticable
aux péniches de 350 tonnes.
Nous allons tenter de donner les raisons de cette anomalie.
La Sarre fut, dans le passé, principalement utilisée pour
le flottage des bois. Les hautes vallées de Saint-Quirin,
d’Abreschwiller, de la Sarre rouge, de la Sarre blanche lui
amenaient ceux du Donon; la Blies, ceux de la région de
Bitche, de la seigneurie de Bliescastel, ‘et du duché de
Deux-Ponts. Les comtes de Nassau-Sarrebruck, enfin, lui
vonfiaient directement les coupes de leurs forêts. Les trains
de bois, formés dès Sarrebourg, en Lorraine, descendaient
la rivière, gagnaient la Moselle, le Rhin, puis la Hollande.
Turgot, intendant de Metz, écrivait en 1699, dans son
Mémoire historique de la Lorraine et des Troïis-Évêchés :
« Les Hollandais remontent jusqu’au haut de la Sarre pour
y venir chercher des bois de sapins propres à bâtir, même
dans les Vosges des bois pour la construction des vaisseaux
qu’on ne trouve plus ailleurs et qui y sont à vil prix. »
Le premier Empire, qui avait besoin de ces bois pour
sa propre flotte, en interdit l’exportation; mais, en 1824,
le Gouvernement prussien vontracta de nouveaux marchés
par lesquels il s’obligeait à fournir annuellement aux
Pays-Bas 1.000 grumes choisis de chênes et de hôêtres.
Cette exploitation par trop intensive eut pour effet d’épuiser
les forêts de l’ancien comté de Nassau; d’ailleurs, vers
1870, le fer remplaça le bois dans les constructions navales,
et le flottage des bois disparut complètement.
Cependant la rivière n’était pas impraticable à la navigation
proprement dite. Il serait trop long d’énumérer les
textes qui démontrent que les embarcations y circulaient
dès l’époque romaine (1). Il en fut de même au cours du
Moyen Age.
À partir du début du xvii® siècle, le commerce par eau
{1} On les trouvera dans TILLE : Zur Geschichte der Saarflüsserei und Saarschiffahrt,
Sarrebruck, 1907.