Full text : 3.1926 (0003)

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« Je ne vous en demande pas le prix, Esebeck a l’ordre de
consentir à toutes vos exigences. Laissez-là vos mémoires
et venez demain au Carlsberg pour m'aider à faire accrocher
les tableaux dans le nouveau salon, près de mes appartements.
 » Revenus tous trois dans le salon, le ministre
Esebeck décrocha du mur deux petites toiles, convenant
tout particulièrement à Son Altesse. Dans sa hâte juvénile
 et souveraine, celle-ci ne souffrait aucun retard dans
la possession des objets de son caprice, et, toujours soupçonneuse,
 elle prit soin, avant de se retirer, de recenser les
pièces restantes. Cette prompte sortie, pour regagner son
carrosse, du noble personnage suivi de son ministre un tableau
 sous chaque bras, ressemblait assez à un larcin.
Bien que dépouillé d’une partie de ses chers souvenirs,
Mannlich, foncièrement honnête, n’en réclama dans la
suite que la valeur d’achat ou un prix raisonnable. Cependant,
 en esprit pratique et instruit par le spectacle du
gaspillage journalier, il obtint la transformation des 10.000
florins, montant de la créance, en une rente payable par
la Caisse alsacienne de Lützelstein (1). De cette façon, le
Duc ne pourrait revenir sur sa promesse, car la situation
de cette possession territoriale’ bipontine en Alsace constituait
 la plus sûre garantie sous l’égide du Conseil souverain
 de Colmar, juridiction compétente pour les affaires
financières du petit territgire.
Plus tard lors d’un voyage à Mannheim, Charles-Auguste
admira fort la collection particulière de Nicolas de Pigage (2),
directeur des bâtiments de l’Électeur Palatin. Le Duc,
dès lors, n’eut point de cesse qu’il n’en fit l’acquisition.
Mais averti par Mannlich, chargé de négocier l’achat avec
lui, de Pigage ne fut pas dupe: il estima ses toiles bien

il) Lützelstein, ou la Petite-Pierre, petite ville de la Basse-Alsace.
(2) Lorrain, élève de l’Académie d’architecture de Paris, joua un rôle
1e premier plan à la Cour de l’Étecteur Palatin où il arriva en 1749, fut nommé
*n 1753 directeur général des bâtiments et jardins de S. A. Électorale. C’est
ui qui traça les fameux jardins de Schwetzingen, résidence d’été de l’Élecleur
 située à mi-chemin entre Heidelberg et Mannheim.
            
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