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On imagine sans peine quels frais énormes occasionnait
l'entretien d’une telle multitude d’animaux. Autant
pouvaient se justifier les dépenses pour l’amélioration de
la race chevaline, autant par contre.il y avait lieu de déplorer
les funestes effets d’une passion pour la gent canine
poussée jusqu’à l’absurde. Cependant, aux yeux des puissants
d'alors, la chasse suffisait à justifier cette débauche
de deniers. Bien mieux, malgré le marasme financier, devenu
endémique, le maitre du Carlsberg regardait l’entretien
de cet « appareil » dispendieux comme une dépense
obligatoire et nécessaire. C’est qu’en effet la chasse n’avait
rien perdu de la faveur des siècles passés, où, aux jours
de la féodalité, elle formait avec la guerre les deux uniques
occupations de la noblesse. Au xVirr® siècle ce délassement
constituait toujours le palliatif le plus salutaire et
le mieux approprié à la lourde vie d'oisiveté que la caste
privilégiée ne pouvait abandonner sous peine de déroger.
De l’Empereur au seigneur de quelques arpents de terre,
en passant par les princes électeurs et les ducs, tous visaient
à acquérir et à conserver le plus de gibier possible dans
leurs domaines. Plus les cours étaient petites, plus les
chasses y revêtaient d’apparat. Il y avait, en Allemagne,
comme une sorte d’émulation à étaler en cette occasion
un faste éhonté. En France même, Louis XV avait rendu
un nouvel éclat aux grandes chasses royales. Christian IV,
aussi, fut un passionné chasseur et cette similitude de goût
explique sans doute en partie le profond attachement
qu’il voua au Roi, et la sincère bienveillance dont le
monarque, en dehors de toutes raisons politiques, l’honora
en retour. Charles-Auguste, lui-même fervent disciple de
Saint-Hubert, semblait cependant aimer la chasse, moins
comme un délassement agréable, que pour les prérogatives
seigneuriales qu’elle lui conférait. Le duché de Deux-Ponts
avait à l’époque, parmi les sujets des États voisins (ceux du
comté de la Leyen en particulier), un renom néfaste et
presque légendaire pour la sévérité avec laquelle s’exer-