du Buchberg. La « cense » (1), comme on l’appelait, était
vaste. Il s’y rattachait toute une série de logements pour
la légion des employés, commis et scribes. Plus loin, deux
hautes portes charretières bâillant jusqu’au toit indiquaient
assez clairement à quel genre de construction elles appartenaient
: longue grange au mur crépi, c’était à la fois celle
des récoltes de l’exploitation et le grenier seigneurial où
s'entassait une partie des cens, rentes, droits et prestations
en nature, fournis par les sujets de Son. Altesse et
destinés à la consommation de la résidence.
À quelque distance de la ferme un groupe de bâtiments
abritait la brasserie (2) ducale dont l'étage était occupé
par le « secrétaire particulier Schmalz » (3), ex-précepteur
du prince héritier défunt. La largeur d’un chemin séparait
la brasserie d'une construction trapue et comme
accroupie sur un, terre-plein clayonné. Des piliers de soutènement
massifs en maintenaient les murs, faits de gros
blocs en grès rugueux. Cette sorte de redoute d’allure
belliqueuse n’avait cependant qu’à résister aux chaleurs
de l'été. A l’abri de ces murailles, épaisses comme celles
des tours féodales, la glace se conservait des mois entiers.
L’hiver, celle des étangs était cassée à coups de pic, puis
emmagasinée dans cette vaste glacière (4), où la provision,
{1} Ainsi dénommée sur la gravure des frères de Lüder.
{21 Bien que non désignée sur ladite gravure, elle y figure, immédiatement
à gauche de la « cense ». Son emplacement et son existence sont confirmés
par un passage d’une lettre de G. Chr, Crollius à son ami Andreas Lamey,
datée du Carlsberg, 28 juillet 1785.
La brasserie comportait aussi des logements. Un trait caractéristique
propre à la plupart des constructions du Carlsberg réside précisément dans
le fait qu'elles englobaient des logements pour la pléthore des employés
et dignitaires ducaux (conseillers secrets, conseillers intimes, conseillers des
comptes) ainsi que pour les domestiques du duc, auxquels d’ailleurs s’ajoutaient
encore les valets des dignitaires.
Ainsi en témoignent les nombreuses rubriques du « Plan perspective »
des frères de Lüder, suivies des mots « avec ses appartements » ou « avec
ses logements ».
(3) Même lettre de G.-Chr. Crollius.
(a1 Très visible sur la reconstitution (1!) des bâtiments du Carlsberg en
1789 d'après Rosché, au Musée de Spire. Cet édifice y est désigné sous le
nom de Kelterei (de Kältereï — Kalt — froid).