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Il est impossible de faire le compte exact des sommes
englouties dans un tel gouffre. Quant aux sujets de Son
Altesse, courbés sur leurs champs, de quels veux durentils
regarder les blanches façades, chaque jour plus nombreuses,
étincelant dans le soleil de midi, tout au haut de la
colline du Carlsberg. Mannlich affirme que les impôts
et les charges du peuple ne furent pas alourdies. Le fardeau
était d’ailleurs assez lourd.
Le voyageur qni se penchait à la portière de la chaise
de poste se rendant à Kaiserslautern demandait, en désignant
le Carlsberg, quelle était cette ville nouvelle (1),
d'où la pauvreté semblait bannie et où l’on devait goûter
le plaisir de vivre. En quittant Hombourg pour Kaiserslautern,
la voiture s’engageait sur l’avenue ducale (2), puis,
au pied du plateau, la route tournant brusquement à gauche
et longeant la grille du parc, il pouvait à loisir admirer les
palais du nouveau « Mont Palatin ». Si quelque bipontin,
marchand ou négociant, se trouvait être du voyage il ne
manquait pas de confier d’un air entendu à l'oreille du
questionneur le nom local de la colline du château : la
Colline des Pleurs (Thränenberg). Cette expression imagée
et excessive était née spontanément dans l’esprit populaire;
nulle autre locution n’aurait rendu avec autant de
{1) Le plan dit des « frères de Lüder », dont le lecteur trouvera ici une fidèle
reproduction, permet de s’en faire une exacte idée. Cette aquarelle décelant
bien un travail d’écolier par les imperfections de son dessin a du moins le
mérite d’être conforme à la réalité (voir le début du chapitre 11}.
(2) La grande route de Kaiserslautern n'existait pas encore à cette date;
alle ne fut établie, avec son tracé actuel, qu’au cours-de la période napoléonienne.
L'ancien tracé empruntait au sortir d’Homburg la route du Carlsberg
route d’Homburg à Käshofen). Sans doute le duc Charles-Auguste, pour
an faire l’avenue ducale, en avait rectifié les sinuosités et, par sa rectitude
jusqu’au pied de la colline et l’entrée du château, l’avait rendue digne de sa
résidence. Le service régulier des diligences qui effectuaient le trajet de Deux-Ponts
par Homburg vers Kaiserslautern et vers Kusel empruntait donc
l’avenue ducale. La route s’incurvait ensuite pour contourner le Buchberg
et s'engageait, en direction de Vogelbach et Landstuhl, entre la colline et
le mamelon du « Kleiner Kehr ». — Renseignements tirés de l'étude de la
» Carte géométrique de l’Oberamt Zweibrücken avec l’Amt Homburg de
Johann Théobald Fritsch, 1774 ». (Exemplaire conservé à « l’Historischer
Vercin der Medinmatriker », à Deux-Ponts.)