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soir le chemin de Jägersburg. Les travaux prenaient
avec le temps une ampleur croissante. Mannlich présidait
à l’exécntion, devait tout surveiller — et il nous
confie, dans ses Mémoires, combien lui fut pénible cette
présence continuelle, de l’aube à la nuit, sur les chantiers.
On le voyait, affairé, suivant Son Altesse, qui l’entretenait
sans cesse de nouveaux projets. Un jour « Sérénissimus
» l’amena dans une pièce et lui demanda s’il n’était
pas possible d'établir un escalier secret partant de cet
appartement et aboutissant à une autre chambre du rezde-chaussée
qu’il lui désigna, ce passage devant être si
bien dissimulé que personne ne pourrait en soupçonner
l’existence. Le directeur des Bâtiments accéda promptement
au désir du duc. Un placard vide portant, ainsi qu’une
enseigne fallacieuse, l’inscription « Aktenschrank » (1),
semblait ainsi recéler des secrets d’État. Une trappe
constituait le fond de ce réduit truqué et s’ouvrait sur
une série de marches, le long de la muraille. Cet escalier
débouchait dans un second placard installé de la même
manière que le premier et aussi jalousement fermé aux
regards curieux de la domesticité. Seuls, les usagers du
passage caché devaient en connaître le secret et en posséder
les clés. Cet aménagement une fois en place, et la venue
des beaux jours aidant, Charles-Auguste décida de s’installer
à demeure au Carlsberg, en dépit de l’exiguïté d’une
telle résidence pour sa famille et sa Cour. Les premiers
jours de juin, Sérénissimus, cum universa familia aulica (2),
quittait Jägersburg pour son nouveau ‘château. Il ne
laissa à personne d'autre que lui le soin de répartir les
logements. La duchesse reçut deux chambres, un cabinet
de travail et une garde-robe. Lui-même s’octroya des
appartements identiques. La baronne d’Esebeck comme
« persona grata » disposa de deux pièces et d’une garde-(1)
Armoire des actes (officiels).
(2) D'après une lettre du recteur Crollius à son ami Lamey datée de Deux-Ponts
le 6 juin 1778. Voir note West. Gesch,, 1909, p. 14.