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esprit des plans grandioses s’élaborèrent. Pour marquer
que la création de cette demeure était sienne, il voulut
qu’à l’avenir on l’appela « Carlsberg » (1).
Son Altesse, toute à la joie de faire bâtir, semblait prendre
rhaque jour un plaisir grandissant à circuler parmi l’enchevêtrement
des échafaudages, dans le bruit des outils
et dans la poussière. Malgré les incommodités inhérentes
à une habitation aussi peu confortable pour une « personne
de qualité », elle résolut de s’y faire servir le diner. « De
la cuisine qu’on dùt installer dans la maison, une odeur
de feu de bois et de friture se répandait dans toutes les
pièces; la baronne d’Esebeck, qui n’avait aucun goût pour
ces repas sans apparat, se pinçait le nez, et, tout en minaudant
» (2), prenait prétexte de ce relent d’office et de bien
d’autres inconvénients pour dissuader son maître et le
faire renoncer à sa fantaisie.
La favorite s’aperçut cependant, les jours suivants, que
l'intérêt du duc pour elle-même semblait diminuer et
lui être ravi par celui de la bâtisse. Charles-Auguste, en
effet, à l’encontre du désir de sa maîtresse, s’ouvrit à son
directeur des bâtiments d’un projet plus important encore:
nne aile devait être ajoutée vers le nord à l’édifice, afin
de recevoir au rez-de-chaussée des cuisines, arrière-cuisines,
office, resserres à provisions, tandis qu’à l’étage une
grande et belle salle à manger y serait installée. La construction,
poussée avec célérité. était «hors d’eau » avant le
fin de l’automne.
L'hiver de 1777-1778 mit obstacle à la continuation des
travaux extérieurs cependant que la décoration intérieure
se poursuivait. Tous les plans et dessins pour celle-ci
avaient été présentés par Mannlich sous la forme de deux
projets, l’un riche et luxueux, l’autre plus simple et approprié
à tine maison de campagne. À cette occasion la « grande
maîtresse » allait regretter plus sérieusement encore d’a-{1}
Colline de Charles.
(2) Maxsuicn, Mémoires, Ie édition, p. 337.