Ils —-suisses
et hollandaises devaient garnir l’étable. Le jardin
potager s’agrandit. Une partie des dépendances immédiates
se transforma par le tracé d’allées, la réunion avec les bois
environnants, l’aménagement des petites « Schlucht » (1)
ravinées par les eaux, le drainage des clairières humides
en un agréable parc anglais. Une de ces vallées étroites
aux bords très escarpés, plus sauvage et plus imposante
que les autres, et dont les eaux descendant des pentes
occupaient tout le fond en un lac limpide, était dénommée
le « trou du Diable » ( Teufelslockh), probablement à cause
de l’impression qu’elle produisait sur les paysans de la
contrée. Charles-Auguste en goûtait particulièrement le
calme étrange et la beauté. Le nom trop rustique fut par
lui changé en celui de « Carlslust » que cette vallée a conservé
jusqu’à nos jours.
Toutes ces transformations avaient occupé un nombre
imposant d’ouvriers et de terrassiers. À proximité des
chantiers, des huttes et des baraques, de ci, de là, étaient
sorties de terre; « les femmes des travailleurs préparaient
les repas en plein air et lavaient le linge le long des ruisseaux»
(2). À la nuit tombante l’étranger se hâtant vers
la ville, prenait les lueurs fugaces des feux piquant l’obscurité
pour celles des bivouacs de quelques troupes en
campagne. C’était, le jour aussi, un spectacle plaisant
pour les belles dames et les brillants cavaliers accompagnant
le duc dans ses visites aux chantiers. Dans la hâte
de voir les travaux achevés et avec l’impatience d’un grand
seigneur, le duc trouvait que la besogne allait trop lentement
à son gré; il venait régulièrement chaque aprèsmidi
et ne repartait qu’à l’approche de la nuit pour regagner
le château de Jägersburg. Dans la voiture qui l’emportait,
il dût souvent se retourner vers Luisenhof, devenu
dès ce moment l’objet de toute son attention et la forme
de son caprice. Il y trouva tant de charme, qu’en son
(1) Vallons étroits et profonds.
(2) MANNI jen, Mémoires, ITe édition, p. 337.