LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF. "
hau, vint aussi de suite à Fremersdorf, faisant un détour
de trois heures à pied pour trouver une nacelle qui pût
lui permettre de passer la Sarre.
« Plus de six semaines de tortures et d’angoisses s’écoulèrent
ainsi.
« Les enfants étaient un jour réunis dans la salle où ils
avaient reçu les derniers adieux de leur mère, lorsque
l’arrivée de M”e Valette en pleurs, et de M”° Lasalle ayant
un air sinistre, vint les frapper de terreur. Au milieu d’un
silence de mort celle-ci leur apprit la fatale nouvelle du
jugement et de l’exécution de leur mère.
« Les enfants, un instant foudroyés, laissèrent bientôt
éclater leur douleur par des cris et des sanglots, se tordant
à terre dans les convulsions du désespoir, tandis que leur
tante, assise au coin de la cheminée, promenait lentement
son doigt sur sa bouche, les regardant d’un œil sec.
Qu’éprouvait-elle en ce moment? Il est à présumer qu’elle
n’était pas insensible à la perte d’une sœur qu’elle avait dû
aimer, mais sa froideur dans une semblable circonstance
peut au moins étonner, et ce qui la condamne, c’est qu’elle
émigra quelque temps après, abandonnant les orphelins
que sa sœur lui avait recommandés à sa dernière heure.
« Avant de partir,elle fit lacérer par mesure de précaution
deux magnifiques portraits en pied, l’un du duc de Lorraine,
l’autre de Jean-Christophe de Galhau.
« M. et Me Valette, toute dévouée aux orphelins, restèrent
auprès d’eux et leur transmirent tout ce qu’ils
purent recueillir de détails sur la terrible catastrophe
qui venait de les frapper.
« Mme de Galhau, forte de son innocence et pleine d’illusions
que l’on comprend facilement. avait par malheur
hâté son jugement dans l'espérance de rejoindre plus tôt
ses enfants. Trainée devant le tribunal fatal, elle n’en
sortit que pour être conduite au supplice, malgré l’éloquent
plaidoyer de Chauveau-Lagarde, chargé de sa dé-