LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF. 69
elle de l’argent à des familles émigrées, il reçut une réponse
par laquelle elle déclarait qu’elle ne pouvait plus le
faire sans se compromettre. Cette lettre fut saisie, ainsi
que l’envoi d'argent dont M. Schmit était dépositaire, et
les dénonciateurs, qu’on n’a jamais pu que soupçonner,
durent faire leur déposition à Bouzonville, afin d’obtenir
la part qui leur revenait, d’après la nouvelle loi sur les
délations *.
« Une courte procédure eut lieu (les pièces en subsistent
encore) mais M”° de Galhau n’en fut même pas
informée.
« Le 6 janvier 1793, vers le soir, elle était assise avec
ses enfants et sa nièce, Mre de Bourdelois, dans le salon de
Fremersdorf ; on célébrait la fête des rois et s’entretenait
gaiement, quand tout à coup la porte s'ouvrit et des gendarmes
apparaissant signifièrent à MP° de Galhau qu’ils
venaient l'arrêter au nom de la loi.
« Cette nouvelle glaça d’effroi la malheureuse mère et ses
enfants éplorés, qui se jetèrent aux genoux des commissaires,
les suppliant si ardemment d’avoir pitié d’eux que
ceux-ci, émus, remirent au lendemain leur départ, qui
devait s’effectuer au moment même.
« Pendant cette dernière nuit qu’il lui était donné de
passer sous son toit, M”° de Galhau, à qui la pitié des gendarmes
avait laissé toute facilité de s’évader, fut suppliée
par un paysan, maire du village, de fuir avec toute sa
famille. Il avait tout préparé pour la prompte et facile
exécution de ce projet, mais il ne put décider la noble
femme à se sauver en exposant ceux qui auraient participé
avec elle à cette évasion.
« Elle resfa donc en disant à cet homme combien elle
1. D’après le jugement, les dénonciateurs seraient Claude-Marcel
Christophe, secrétaire du district de Sarrelouis. et Pierre Hermann.
marchand-boucher à Sarrelouis.
L'expédition du jugement rendu à Bouzonville se trouve dans les
archives.