LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF. 61
les larmes aux yeux qu'ayant été arrêté au moment où il
allait franchir la Sarre près de Fremersdorf, il avait eu
l’idée de se dire l’ami de M#° de Galhau, qu’il ne connaissait
cependant pas. On eut quelques soupçons et on
l’amena au château. Grand était son embarras, mais quand
M”° de Galhau, avec une présence d’esprit admirable, se
doutant de la vérité, vint au-devant de lui et lui dit avec
un aimable sourire : Ah! monsieur l'abbé, que je suis heureuse
de vous revoir! ceux qui avaient arrêté l’abbé Matt,
c'était son nom, persuadés qu’ils avaient commis une
erreur, se retirèrent et le laissèrent aller en liberté. Mais
cette influence de M”°de Galhau ne put lutter contre celle
du Comité révolutionnaire qui s’était établi à Sarrelouis
et qui de là dirigeait les attaques contre les familles importantes
du pays.
« J'ai déjà parlé des réquisitions forcées.
« Un soir la malheureuse femme vit entrer dans sa cour
les agents révolutionnaires, traînant à leur suite l’affreux
instrument de supplice que l’on venait d’inventer.
« Les monstres à face humaine ne voulaient que
l’effrayer afin de lui faire payer une imposition “de
30 000 francs. Ils s’établirent chez elle, firent enlever tout
ce qu'ils trouvèrent d’argenterie sur la table du souper et
ne repartirent que le lendemain lorsque Me de Galhau,
après avoir composé avec eux. leur eut payé la somme de
15 000 francs *.
« Ce fut là le commencement des persécutions que la
pauvre mère eut à endurer, et désormais, persuadée qu’il
n’yavait plus de sécurité pour elle, elle envoya ses papiers
les plus importants et le reste de son argenterie à Cologne
fit des cachettes d’argent dont ses domestiques et ses en-1.
Dans les archives se trouve un avis daté du 3 frimaire an II
de la République, ordonnant de payer 15 000 livres à la caisse de la
commission révolutionnaire. Ces réquisitions ont dû se répéter plusieurs
fois.