36 LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF.
par un cousin de son mari, M. Simon de Galhau de Maison-Rouge,
qui habitait Fremersdorf et que les enfants
avaient surnommé Rouchepape ; que pouvait du reste un
seul homme contre l’avalanche révolutionnaire ?
« On était en pleine Terreur, c’est alors que se montra
tout entière l’admirable énergie de M”° de Galhau : l’horizon
devenait tellement menaçant que la pauvre mère
sentit le besoin de s’entourer de tous ses enfants et fit
revenir de Merten ses filles au nombre desquelles se trouvait
la petite Célinie. Son fils était aussi de retour du
collège des jésuites de Pont-à-Mousson.
« L’esprit révolutionnaire avait débordé jusque vers nos
paisibles frontières, et l’on craignait tellement d’attirer
l’attention par tout ce qui pouvait rappeler l’ancienne aristocratie
qu’on envoya chercher les jeunes filles dans un
chariot garni de bottes de paille. M. Lasalle de Louisenthal,
alors maire de sa commune, fut obligé de leur délivrer
un passeport sans lequel il n’était plus possible de circuler
même à l’intérieur. Les jeunes filles furent appelées à le
signer et durent à la recommandation de leur oncle abandonner
la particule, mais par malice, elles engagèrent leur
plus jeune sœur Célinie à l'ajouter, ce qui excita la colère
de l'oncle, et attira à la pauvre enfant le titre peu mérité
cependant de vaniteuse. Julie n’était pas du nombre.
« À leur retour elles trouvèrent l’intérieur de Fremersdorf
bien attristé. De fréquents passages d’émigrés à qui
Mme de Galhau, au risque de se compromettre, faisait franchir
la Sarre, servant alors de frontière, les visites domitiliaires.
les réquisitions ne laissaient presque plus de
renos aux habitants du manoir.
« Mre de Galhau restait calme au milieu de l’orage ; elle
était si aimée, si vénérée que son nom seul servait à sauver
souvent de malheureux fugitifs.
« J’ai connu un respectable prêtre qui, quarante-séptans
après, me racontait avec une profonde reconnaissance et