LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF. 65
baron suisse, qui s'était attaché à Amélie et fit plusieurs
fois, même après son bannissement de France, des démarches
pour obtenir sa main; M”e de Galhau refusa,
d'abord à cause de l’extréme jeunesse de sa fille, plus tard
à cause des événements qui s’assombrissaient de plus
en plus et qui lui faisaient craindre de s’en séparer.
« À cette époque, encore dans tout l’éclat de sa beauté,
Me de Galhau paraissait au milieu du groupe charmant
de ses jeunes filles comme leur sœur aînée. Elle avait été
plusieurs fois recherchée en mariage depuis son veuvage,
entre autres par le duc de Deux-Ponts-Sarrebrück, de la
famille de Nassau, mais tout entière à ses devoirs de
mère, elle n’eut jamais la pensée de changer sa position.
« Malgré les progrès de la Révolution, la famille de Fremersdorf
ne fut nullement inquiétée et continua à mener
sa vie paisible et douce, jusqu’à l’automne de 1792, où les
passages militaires furent plus nombreux et plus fréquents.
« Beurnonville, au retour de son inutile expédition
contre l’électeur de Trèves, passa la Sarre sur la glace et vint
camper à Fremersdorf; les officiers séjournèrent au château
tandis que la cavalerie emplissait les cours et le
village.
« Mwe de Galhau, effrayée de cet envahissement, avait
envoyé ses deux filles aînées rejoindre Julie chez leur
tante à Merten, et n’avait gardé auprès d'elle que ses plus
jeunes enfants, luttant avec courage contre les ennuis.
les fatigues et les difficultés de sa position.
« Pendant que les Français occupaient la rive gauche de
la Sarre, les Autrichiens étaient campés sur les hauteurs,
derrière le moulin sur la rive droite de la Sarre et faisaient
pleuvoir une grêle de balles jusque dans les cours du
château ou l’on pouvait à peine circuler.
« Me de Galhau ne trouvait d'appui que dans le dévouement
infatigable de ses domestiques. Il ne parait pas, en
effet, qu’elle ait été protégée d’une manière bien efficace