LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF. 6
plusieurs jours, elle s’était établie sous un pommier et
s'était rassasiée de ses fruits à peine mûrs; ce singulier
remède eut un meilleur effet qu’on ne pouvait l'espérer et
la remit complètement. I] eût mieux valu pour elle rester
sous la direction tendre et éclairée d’une mère que de
tomber sous le régime dur et même un peu brutal de
l’oncle et de la tante de Merten.
« M”° de Lasalle, raide, sèche et égoïste, s’inquiétait peu
de rendre à la fille de sa sœur le bien que celle-ci venait
de faire à M”e de Bourdelois en la dotant de 10 000 francs.
« La pauvre Julie, pendant tout son séjour à Merten, ne
vit guère d’autres visages amis que celui du vieux baron
Richard d’Ueberherrn, qui, ayant reconnu tout ce que
cette enfant possédait de grâce, d’amabilité et de bonté,
avait conçu le projet de la marier à son fils unique, alors
à l’école militaire. Chaque jour, partouslestemps, il apportait
un bouquet de fleurs à celle qu’il appelait avec complaisance
sa fille, et qui, de longues années après ces faits,
racontait encore à ses petits-enfants les attentions de
l’excellent vieillard.
« Il perdit son fils pendant l’émigration, et lorsqu'il lui fut
permis de rentrer en France, il revit Julie, pour qui son
affection n’avait pas diminué, et voulut lui en donner une
preuve nouvelle en lui laissant le charmant équipage qui
l’avait amené à Fremersdorf. Julie, devenue alors M”° Renauld,
refusa.
« Une autre personne lui avait montré encore beaucoup
de bonté pendant son séjour à Merten, c’était la femme
du commandant de Sarrelouis, M”° Boyer, qui, afin de sortir
la jeune fille de l’atmosphère froide et triste qu'elle
respirait près de sa tante, cherchait à l’attirer près d’elle
et à la distraire en la menant dans le monde. Mais la pauvre
Julie n’aimait pas ce genre de plaisir, car ses toilettes
se trouvaient être si ridicules, que malgré sa jeunesse, sa
fraicheur et sa beauté, Me de Galhau sentait qu’elle pré-