32
LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF.
« Les premières menaces de la Révolution ne troublèrent
même pas cette vie paisible, car les grands événements
de Paris n’exerçaient qu’une faible influence sur ces frontières
éloignées.
« En 1789, le départ de Julie de Galhau,'qui devint plus
tard Me Renauld, pour Merten, vint seul apporter un changement
dans les douces habitudes du foyer de Fremersdorf.
« Mwe de Lasalle avait réclamé sa jeune nièce pour remplir
le vide que lui laissait le départ de sa fille Madeleine.
Celle-ci venait d’épouser, contre son gré, M. de Bourdelois,
qui occupait une place élevée dans la magistrature de
Metz. En vain avait-elle cherché à résister à la volonté paternelle
; deux vigoureux soufflets lui avaient interdit toute
réplique. C’était la manière de procéder de M. de Lasalle
dans de semblables occasions, aussi son cabinet de travail,
où s’élaboraient tous les projets et où se faisaient toutes
les admonestations et corrections, était-il devenu pour
tous les enfants de la famille un véritable lieu de
terreur.
« Avec ce qu’on vient d'apprendre et ce qu'on sait déjà
du caractère de M" de Lasalle, on peut se figurer ce que
dut souffrir, pendant ces quatre ans et demi qu’elle passa
à Merten, une enfant du caractère de Julie, franche, gaie
et turbulente.
« Son énergie lui vint heureusement en aide pour supporter
sans se plaindre les épreuves et les humiliations
dont on l’abreuvait sans cesse. Elle ressemblait beaucoup
à sa mère et en possédait les qualités essentielles; toutefois,
dans son enfance, ces qualités avaient eu leur revers
de médaille; ainsi, l’énergie de son caractère avait souvent
frisé l’opiniâtreté; et son esprit viril l’entraînait à
trop d’indépendance.
« Elle m’a raconté elle-même qu’un jour, ayant été mise
à la diète, à cause d’une fièvre tenace qui la minait depuis