58 LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF.
tement, auquel Barbe accéda elle-même quelques instants
après.
« Ceci se passait vers la fin de l'année 1768, et le 10 janvier
1769, le charmant couple fut installé dans le château
inférieur de Fremersdorf qu’habitait M"° de Galhau mère.
« Le château supérieur était habité par le baron
d’Oberhausen.
« On se demande si la jeune femme fut heureuse dans
cet intérieur où, malgré la tendresse de son mari, elle
n'était pas traitée par sa belle-mère avec l'affection, ni
même la bienveillance que devait cependant lui mériter
son charmant caractère.
« Une des manies de M”° de Galhau mère était de s’entourer
d’une légion de chats auxquels elle distribuait les
meilleurs morceaux de sa table, tandis qu’elle refusait
parfois une tasse de lait à sa belle-fille. Celle-ci, fatiguée
sans doute des procédés de la noble dame, eut un jour la
pensée de retourner sous le toit paternel et s’enfuit à
pied ; elle ne fut rejointe qu’aux glacis de Sarrelouis par
son mari qui, désespéré de sa résolution, l’avait suivie à
franc étrier et n’eut pas de peine à la ramener grâce à la
tendre affection qu’elle lui portait.
« Peut-être lui-même, trop enclin à s’occuper de ses
plaisirs et de ses distractions, avait-il été la cause indirecte
de cette résolution irréfléchie.
« Du reste, il ne paraît pas qu’aucun dissentiment se soit
jamais élevé entre eux, ni même que la jeune femme eût
sérieusement souffert des épreuves qui lui étaient imposées
et que sa grande jeunesse devait lui faire supporter
gaiement, car on la trouve peu de temps après occupant
ses loisirs à jouer avec des poupées, à bâtir dans le sable,
à construire des digues dans le ruisseau du jardin en compagnie
d’une cousine de son âge, M'"° Cavillon, qui, orpheline
de père et de mère, avait été élevée par M. et
Mme Schmit.