30 LES SEIGNEURS DE FREMERSDORF.
bateau viendrait la chercher de grand matin dans les
premiers jours.
On peut juger de la surprise que cette nouvelle causa à
Mme de Galhau, qui reçoit tout à coup avis de se tenir
prête à se rendre vers l’ennemi, sans même savoir qui
viendrait la chercher. Ce fut comme un coup de foudre
pour la pauvre femme de devoir abandonner ainsi sa famille
et sa patrie; aussi était-elle en larmes pendant
qu’elle faisait porter ses meubles la nuit chez son frère.
Ge dernier ne savait pas non plus ce que signifiait ce
déménagement précipité, mais sa sœur lui disait que son
mari tardant à revenir, il ne lui restait pas d’autre parti
que de retourner à Oberlahnstein. Après trois jours de
pénible attente, on vint chercher de grand matin les enfants
tout endormis dans leurs lits pour les installer avec
leur mère dans une grande chaloupe bien couverte, et les
voilà partis à la grâce de Dieu avec un batelier inconnu.
Le chanoine ‘garda auprès de lui le jeune Mathieu et
lui fit faire ses études jusqu’à la 5° classe, dans l’idée
qu'il le remplacerait un jour ; mais comme, pas plus que
ses frères, il n'avait le goût de l’état ecclésiastique, il
renonça plus tard à ses études. Les fugitifs étaient à peine
éloignés d'une demi-lieue de Coblence en remontant la
Moselle lorsqu'ils aperçurent une troupe de soldats qui les
effraya beaucoup d’abord, mais en approchant ils reconnurent
à leur grande joie leur père, qui était venu à leur
rencontre.
Bientôtaprès son entrée au service de France, P.-A. Galhau
prit part au siège de Rheinsfeld, qui échoua parce que
l’on n'avait pas voulu suivre ses conseils, quoiqu’il conaût
fort bien cette place éloignée seulement de deux
lieues de Walderbach. Après ces événements, P.-A. Galhau
étant allé à Kreuznach pour s’arranger avec ses fermiers
de Walderbach, tomba dans une embuscade dressée par
le général de Tüngen et fut fait de nouveau prisonnier.