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Ah ! messieurs les Prussiens, vous n’êtes pas directement
en cause, il est vrai, mais vous pouvez vous flatter
d’avoir bien mérité de Sarre-Louis !
Chez les rations polissées, lorsqu'un malheur inattendu
vient frapper une commune, lorsqu’une profonde douleur
morale se joint à la perte matérielle, on fait cesser
d’habitude toute démonstration joyeuse.
Sarre-Louis tout entier était en deuil, profondément
affecté par un évènement d’antant plus terrible, que la
cause du sinistre provenait de son propre centenaire
civique.
Une réserve absolue en pareil cas était certainement
de commande.
S'il est vrai que l’on retrancha du programme tout ce
qui se rapportait aux démonstrations publiques, on maintint
le banquet. En cela on eut doublement tort, car si à
ce banquet les heureux, les privilégiés de la fortune seuls
pouvaient assister,c’était bien à ceux-là à payer d'exemple.
Mais c’est que pour la plunart de ces messieurs, il ne
s'agissait pas du tout de se laisser abattre par un accident
fortuit, et si les Sarrelouisiens étaient affligés, il n’y avait
pas de raison pour que ces bons Prussiens aient travaillé
pour leur roi, et partant, leurs énergiques efforts ne soient
couronnés par quelque chose de swbstantiel. Aussi s’assembla-t-on
au Casino (Burger-Verein) au nombre de cent
soixante-dix, dit-on, pour banqueter.
Tout ce que la ville contenait de fonctionnaires, tous
les employés civils et militaires, les corps constitués, les
maîtres d’école et les employés officiels des campagnes environnantes,
tout ce qui, de près ou de loin, touchait à
l’administration prussienne et peutêtre aussi quelques
goujats sans cœur de la population, assistèrent à cette fête.
Le premier toast “ A Su Mujesté l'Empereur” fut
porté par le gouverneur de la place, le colonel Cramer;
puis ce fut le tour du sous-préfet qui, dans un discours
anodin, tâcha de consoler les Sarrelouisiens, leur promettant
de leur faire construire bientôt un édifice bien plus