89
Dieu! pourquoi pas tout de suite nous frapper de
folie 2? quel crime avions-nous donc commis pour mériter
un pareil châtiment ?
En 1813, lorsque les débris de la grande armée
fuyaient devant l’Europe et les éléments en fureur, ils
étaient au moins libres ; leurs corps épuisés étaient soutenus
par une volonté de fer, et, si tristes et farouches ils
portaient leurs pas chancelants de foyer en foyer, une pensée
au moins les consolait : l'avenir était encore à eux !
Mais la malheureuse armée de Metz !.. 2.800006
Quelle plume pourra décrire l’affreux supplice d’une
population française, courbée sous lu domination prussienne,
impitoyablement honnie dans les sentiments les
plus délicats de l’homme, maintenue par la terreur, paralysée
par la douleur ?
Etions-nous donc à la veille du jugement dernier ? ces
farouches cris de triomphe étaient-ils poussés par l’ange destructeur
? De la Gaule, était-ce vraiment le dernier jour ?...
Hélas! il fallait pourtant vivre,—il fallait vaincre les
affres qui nous étouffaient, refouler au fond de la gorge les
larmes qui nous dévoraient, rester calme et rester homme,
pour pouvoir porter à ces pauvres misérables prisonniers
affamés, ce que réclamait la charité la plus élémentaire :—
une poignée de main et un morceau de pain.
Et ni les coups de crosses de la soldatesque, ni les
menaces des vandales, n’empêchèrent les Sarrelouisiens de
l'aire leur devoir... cAwesne
Après de semblables douleurs, qu’est-ce qui nous res”
tait encore à supporter ? Quel calice d’amertume fallaitil
encore vider ?
Tout était perdu ! il ne restait plus qu'à se préparer
aux plus durs sacrifices.
Et la héroïque résistance de la défense nationale,
sous le soufile de Gambetta, et le dévouement du pays,
tout le sang versé à flots, parvint à sauver l’honneur de
la France, mais rien de plus !