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Au mois de juillet 1870, une anxiété fiévreuse régna
à Sarre-Louis—La lutte entre les deux colosses, lutte
suprême et pressentie, depuis quelques années déjà, mais
dont l’issue probable restait enveloppée dans de si profonds
mystères, était sur le point d’éclater.
Pour nous, Sarrelouisiens, l’anxiété était doublement
justifiée, car l’avenir de notre cité, notre existence comme
ville dépeudaient absolument du succès de la France.
Plus encore : sous le joug de la Prusse depuis un
demi siècle, une quantité des nôtres se trouvait par force
dans les rangs de son armée ou dans la Landwehr, tandis
qu’autour du drapeau de la mère-patrie était réuni tout
ce que Sarre-Louis avait fourni de vaillant et de généreux
pendant une génération.
Si donc, d’une part, nous faisions des vœux pour le
succès de nos espérances, de l’autre la crainte nous faisait
entrevoir ces terribles hécatombes dans lesquelles le sang
de nos enfants allait rougir maints champs de batailles en
coulant des rangs des deux armées.
Pour nous la lutte allait devenir doublement fratricide.
Et pourquoi ne le dirions-nous pas ? Si nous haïssons
nos maîtres, sl nous ne pouvons jamais nous résoudre à
accepter de bonne grâce le joug prussien, si,en dépit de
toutes les raisons du monde, nous persistons à nous tenir
attachés à la France, à partager jusqu’à la fin des siècles
l’heure etle malheur de cette nation qui est NOTRE, nous
avions pourtant trouvé dans l'individu Allemand maintes
amitiés sincères qui, rudement secouées par les barbares
procédés d’une politique de haine, de feu et de sang, allait
nous laisser pour longtemps un vide dans le cœur.
D'étranges pressentiments, comme à la veille de toute
grande catastrophe, semblaient flotter dans les airs;
—l’attente fut cruelle, mais de courte durée.
Par une intuition innée on sentait vaguement que la
Prusse cachait sous une apparence simple une puissance
énorme ; que sons des dehors débonnaires, sous une apparence
de victime injustement attaquée, elle couvait une