Full text : Notes et reminiscences historiques sur la ville de Sarre-Louis, 1680 - 1880

ve FA. nm

N'’était-ce pas simplement une répétition de la farce
lugubre de 1815, relatif à l’acte d'adhésion d'alors ?
Tant que la nécessité était maître, c’est-à-dire, durant
 les besoins de la vie ordinaire, nous, les opprimés,
nous étions des résignés ; mais une fois la journée terminée,
 chaque famille se rassemblant pour la veillée, nous
reprenions nos droits, et là, autour de l’âtre et à la lueur
de la lamp: fumante, nous redevenions “ NOUS ” et pour la
milième fois peut-être étaient récapitulés en commun les
hauts faits du passé, et les tenaces espérances de l'avenir.
C'est dans ces réunions patriarcales, dignes des agapes
 des premiers temps du christianisme, que nous,les bambins
 de 1830 et 1540 fimes notre apprentissage.
Lorsqu’alors, nous voyions arriver de leurs pas lents
et mesurés, les oncles Pierre, Jean, Michel ou Mathieu,
tous ces débris des légions républicaines, ces soldats des
armées d’Étalie ou d’Egypte, de Russie ou de Waterloo,
leurs grands corps tout ratatinés enveloppés dans de
grands manteaux de cavalerie, nous nous faisions bien
petits, nous nous serrions bien fort pour ne pas prendre
trop de place, pour pouvoir assister à cette explosion de
douleur patriotique qu’aucun peuple frappé d'injustes calamités
 ne saurait jamais oublier. Et toutes ces histoires
da passé, toute cette épopée homérique, relatant en lettres
 d’or la part glorieuse des enfants de Sarre-Louis,
toutes ces aventures d’humbles fils du peuple racontées
par les survivants de cet affreux cataclysme, s’incrustèrent
dans notre mémoire et ces êtres efflanqués et momifiés
prenaient pour nous des proportions gigantesques et, de
simples mortels se changeaient à nos yeux en demi dieux.
Suspendus à leurs lèvres, nous humions à grands
traits cet amour profond pour la France, et avant même
de savoir lire, nous connaissions déjà tout ce que la patrie
avait souffert, tout ce que Sarre-Louis souffrait encore et
tout ce que le sort avait de cruel pour nous tous.
Lorsqu’un de ces anciens nous posant la main sur
la tête, nous lançait en guise de bonsoir le “ souviens-toi
petit,” nous ouvrions les yeux démesurément grands et prome


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