Full text : Notes et reminiscences historiques sur la ville de Sarre-Louis, 1680 - 1880

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grand bien leur en fasse. Ils se disent probablement que
le moment psychologique n’est pas encore venu.
En tout cas, voilà un résultat bien maigre pour 65
années de prussification et cela par la férule du maître
d’école et la verge du sergent instructeur. Aussi, offronsnous
 ce résultat à la considération de l’historien, à lui de
juger combien il faudra de temps pour défranciser un pays
comme l’Alsace et la Lorraine, peuple compacte admirablement
 soutenu par une solidarité à toute épreuve et recevant
 de lu Mère Patrie (n’en déplaise aux frères d’outre
Rhin !) cet appui moral, qui vaut bien des armées. Si
seul et en partie oublié, Sarre-Louis, dans des conditions
plus que précaires, a su offrir pareille résistance à l’influence
 prussienne, la vertu absorbante de ce peuple, ses
qualités d’assimilation ne seraient donc qu’un trompe-l’œil
en tout cas, vertus et qualités des plus surfaites, qui, dans
l’état de choses acuuel sont de moins à moins à redouter.
Mais si nos maîtres n'avaient pas le don de gagner
nos cœurs, ils développèrent en revanche une qualité éminemment
 pratique qui consistait à absorber petit à petit
nos priviléges municipaux, et de s'emparer d’une quantité
de biens appartenant à la ville.
C’est ainsi que sans bourse délier, ils prirent possession
 du splendide hôpital militaire (Lazareth), qui avait
été cédé à la ville par Napoléon. Ils s’emparèrent d’une
place publique près de la porte des Allemands, et y construisirent
 des magasins de vivres.
Le jardin du commandant était également une place
publique, qui passa également en leur pouvoir. Ils construisirent
 une vaste caserne sur une autre place près de la
porte de France, où se tenait jadis le marché aux chevaux.
Enfin, le fisc militaire ne perdit aucune occasion pour s'approprier
 ce qui pouvait lui être utile.
On mit des factionnaires partout, et les magnifiques
promenades des ramparts et des glacis furent réservées
aux autorités supérieures et aux officiers. Cette manière
d'agir, jointe à l’arrogance proverbiale du caractère prussien,
 et l’aversion naturelle qu’éprouvait les annexés pour

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