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Ce qui leur restaient de vitalité et d’énergie, fut concentré
sur un seul point—la France ! Que leur importait
le vainqueur ? Que leur importait son étalage, ses voies
et ses moyens ?
Ils ne le connaissaient pas et ne voulaient pas le
reconnaître.
Et l'œil humide constamment fixé sur la Mère Patrie
ils ne cherchaient qu’à pénétrer le secret de l’avenir,
allant même jusqu’à scruter la pensée de Dieu, afin de connaître
la durée de l’exil.
C’était tout ! le reste leur était indifférent.
Æt pour prouver jusqu’où allait le désespoir, nous
n'avons qu’à consulter les mémoires de Berryer, vol. 2,
page 285, sur le suicide de Gouvy :
““ Impatient de savoir quelle allait être la nouvelle
“ délimination de la France, ce pauvre Gouvy, partait en
“ toute hâte pour Paris. Là ses amis s'efforçaient de le
rassurer, mais dominé par ses pressentiments, il avait
“eu peine à goûter leurs raisons. Aussi, en quittant
“ Paris avant que la démarcation du territoire ne fut con-“
nue, il disait à Berryer: “ Mon ami, songe bien que si
“ la fatalité me fait Prussien, je suis un homme mort.
“ Adieu!”
“ La souveraineté sur Sarre-Louis est cédée à la
“ Prusse, Gouvy en a la certitude. Il s'enferme dans son
“ cabinet, il rédige avec la plus grande lucidité son testa-*
ment, il adresse à sa femme une lettre d’adieux les plus
* touchants qu’il signe : Gouvy, mort Français.”
“ Tout étant ainsi réglé, il prend un pistolet et il
‘“ accomplit le fatal serment qu’il avait fait quelques
“ semaines auparavant.”
Hélas ! les événements “ de l’autre côté de la frontière”
étaient peu faits pour soutenir cette brave population dans
ses rudes épreuves.
Malheureuse France! avec quel acharnement ne
cherchait-on pas à effacer de ton histoire, les vingt-cinq
années les plus émouvantes, les plus cruelles, mais aussi
les plus fécondes de ton existence ?