Sous le Directoire et le Consulat et même pendant
les premières années de l’Empire, l’histoire de Sarre-Iouis
n'offre rien de partieulièrement intéressant.
Fatigués des luttes de la révolution, bercés par de
brillants mirages, nous partagions avec le reste de la
France, et les illusions du moment et les gloires éphémères
d’une époque, qui, comme toutes celles, hélas ! où
l’ambition d’un maître remplace les aspirations légitimes
d’un peuple, devait aboutir à un immense désastre
national !—
1812 et 1813 approchaient—l’époque du déclin de
l’astre impérial.
La France, l’Europe et la Fortune étaient lasses.
La campagne de Russie venait d’avorter ! De vagues
rumeurs précédaient de tristes nonvelles, qui devaient
bientôt porter la désolation au sein de presque toutes les
familles ; car dans les rangs de la Grande Armée, Sarre-Louis
comptait des enfants par centaines.
La réalité vint bientôt, avec son hideux cortège,
nous convaincre de nos désastres.
Des débris de corps d’armée arrivaient dans un état
pitoyable. Ce n’était plus des hommes, il n’y avait que
des ombres mutilées, qui, mornes et silencieuses hâtaient
leurs pas chancelants pour atteindre au plus vite leur destination
et leurs foyers.
Des malheurs immenses s’effondraient sur la France !
Un cri de désespoir et de rage déchira les airs, une mortelle
angoisse s’empara de tous les cœurs.
Triste privilége !--Dans ce chaos d’épouvantables
douleurs, Sarre-Louis fut le point de ralliement des convois
de malades et de blessés qui y convergeaient de toutes
parts.-— Et ils arrivaient en telles quantités, que bientôt le
vaste hôpital militaire ne put plus les contenir ; les corridors
même étaient encombrés, à un tel point que bien des
malheureux durent rester en plein air, durant les froides
nuits de novembre, attendant qu’on élève en toute hâte
des hangars pour les abriter.
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