Full text : Notes et reminiscences historiques sur la ville de Sarre-Louis, 1680 - 1880

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n’eussent été les privilégiés par des moyens personnels,
n’auraient jamais pu faire honneur à la situation.
Les derniers avaient chèrement acquis leurs places,
véritables sinécures, et les premiers avaient la rude tâche
d’équilibrer notre budget.
En 1700, la ville n’avait que 780 livres de recettes,
lorsque les dépenses s’élevaient déjà à 2665 livres. Il
fallait donc établir un droit d’entrée, ce qui ne fut fait
qu’en 1703, sur les boissons.
Le rendenient donna pour le premier exercice 5500
livres  Excédant de recettes inattendu,—chose très-rare
alors dans notre beau pays de France. Hélas! cela ne
devait pas durer!
Après la mort de Choisy, en 1710, le gouvernement
de Sarre-Louis passa entre les mains de quelques grands
Seigneurs de la Cour, qui ne daignèrent Jamais y résider.
Ce fut d’abord le comte d’Albergotty à qui succéda bientôt
le Prince de Talmont. C’est alors que nous voyons apparaître
 la variété sans fin des impositions; les dons gratuits
et de joyeux avènements, les bouquets et autres bénédictions
 de ces temps fortunés.
Nous avions pourtant nos franchises et nos priviléges
précieusement couchés sur de beaux parchemins et signés
en grosses lettres “ Louis.” (lesquels parchemins, soit dit
en passant, et le reste de nos documents historiques allant
jusqu’à 1815, ont été depuis, par l’administration prussienne,
 donnés à ronger aux rats sur le plancher du grenier
de l’Hôtel-de-Ville). Mais les grands étaient si puissants
et les fermiers généraux si rusés, que malgré un second
octroi et de nombreuses capitations, dont naturellement le
riche et le privilégié était exempts, nous voyons Sarre-Louis
 en 1760 avec 31,190 livres de dettes.
Mais après tout, de quoi nous plaindrions-nous! Pour
peu que l’on jette un regard sur ce passé abominable nous
n’étions pas plus mal partagé que le reste de la France, et
surtout que le reste de l’Europe. Au contraire ; le passage
dans les “ Caractères ” de La Bruyère, où le moraliste
parle de *‘ certains animaux farouches répandus dans les
            
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