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reur, c'est amoindrir d'avance la culpabilité du prévenu,
affaiblir étrangement ses moyens d’accusation.
L'opinion publique, du reste, le jugea ainsi, et c’est
ainsi que jugera la postérité.
Déjà Berryer, l’avocat intègre, le juriste consommé,
le légitimiste éprouvé ne peut se défendre de stigmatiser
d’assassinat politique la condamnation de Ney. Armand
Carrel, devant la Chambre des Pairs, ayant nommé le
Maréchal et se voyant interrompu par le président, de
Jetter ce terrible défi :
“ Si parmi les membres qui ont voté la mort du maré-‘“
chal Ney, et qui siègent dans cette enceinte, il en est
‘‘ un qui se trouve blessé de mes paroles qu’il fasse une
‘‘ proposition contre moi, qu’il me dénonce à cette barre,
“ j'y comparaîtrai ; je serai fier d’être le premier homme
“ de la génération de 1830 qui viendrai protester ici au
‘* nom de la France indignée contre cet abominable assas-“
sinat.””
Et le général Exelmans à son tour :
“ Je partage l’opinion du défenseur ; oui, la condam-“
nation du maréchal Ney fut un assassinat juridique ; je
‘le dis moi !”....
Maintenant, comment expliquer l’étrange contraste
dans le caractère de notre compatriote, offrant d’un côté
une fluctuation et une irrésolution marquante, de l’autre
une énergie et une intrépidité peu commune ?
C’est que Ney n’était pas né courtisan. Ney était
soldat, n’était que soldat. Enfant du peuple, fils de la
révolution, il s’est toujours battu pour le sol qui le vit
naître. Ses pénates, voilà ses dieux, il n’en connaît pas
d’autres. Il les aime par dessus tout, plus que son Empereur,
plus que son Roi et dans tout étranger qui s’avance
en arme il ne voit que l’ennemi de la Patrie. Chaque
fois que la France avait besoin de son bras, jamais aucun
de nos guerriers, même les plus illustres, ne le dépassait
en courage et en dévouement.
Les premières ivresses de gloire impériale dissipées,
comment chez cet homme—puissante incarnation des ver-