LA FRONTIÈRE DE LA SARRE 46
possible aux métallurgistes prussiens de leur faire
concurrence, car le Gouvernement a établi un impôt
de 49 fr. 50 pour 100 kilogrammes d’acier importé.
Si Sarrebruck est donné à la Prusse, la France sera
forcée de tirer son acier des Etats prussiens et de
diminuer les droits d’entrée, au grand avantage des
fabriques du pays de la Mark et du bas Rhin.
Les motifs stratégiques se combinent avec les
motifs commerciaux :
La Sarre est navigable à partir de Sarrebruck.
Cette ville, comme étape de commerce, a beaucoup
d’importance pour les pays prussiens en aval : elle
en aurait encore davantage si, par la possession de
Sarrelouis et de Thionville, la Moselle et la Sarre
étaient assurées au commerce prussien. Ces villes
fortes méritent considération au point de vue militaire,
car en liaison avec Luxembourg elles formeraient
une très forte ligne.
On observera combien il est peu question en tout
cela des intérêts de la population, au nom de laquelle
on prétendait agir. La malheureuse ville de
Sarrebruck, après s’être trop réjouie du retour de
l’îÎle d’Elbe, avait gardé pendant les Cent-Jours la
même municipalité de sentiments français qu’elle
avait avant et après l’occupation temporaire des
alliés en 1814. Le 23 juin 1815, après un essai de
résistance, elle avait été mise au feu et à sang par
les Bavarois. Il était dit qu’elle jouerait jusqu’au
Gautois. — Le Bassin de la Sarre