pays ! Ne pouvait-il pas, de même, assouplir et plier aux
exigences de la féodalité industrielle tout le peuple de
ses mines ou de ses usines, en se chargeant de leur bienêtre,
en assignant à chacun sa place dans la hiérarchie
sociale dont 1l prenait la tête ? Charles-Ferdinand mettait
son orgueil de parvenu à s’entendre appeler « le roi
de la Sarre ». Il créa, à coups de millions, des œuvres
sociales bien assises, durables, disciplinées, qu’il tenait
au service du roi de Prusse, empereur d'Allemagne.
C'est ainsi que vers 1895, le filer baron était réputé le
personnage le plus puissant de l’Allemagne, et l’on
disait couramment, eu égard à la situation des anciennes
familles royales de l’Allemagne fédérale, devenues races
de valets”de cour : « Il ne reste plus que deux rois en
Allemagne, le roi de Prusse et le roi de la Sarre, et les
deux n’en font qu'un ».
Mais ce roi philanthrope est un terrible despote; il
applique jusque dans l’atelier et l’usine le dressage à la
prussienne qui soumet l’individu à une discipline de
fer, prenant l'enfant au berceau pour le conduire à
l’école prussienne et, méthodiquement, à la caserne prussienne.
C’est « le pas de l’oie » pour l’ouvrier comme
pour le soldat, devenus l’un et l’autre des automates
muets.
Stumm entend bien gérer à sa convenance et sans leur
laisser la moindre initiative, les institutions qui lui
doivent l’existence et qu’il subventionne. Elles avaient
un caractère confessionnel; son protestantisme était
intransigeant au point qu’il prétendait s’immiscer’ dans
les discussions théologiques et imposer sa doctrine qui
était toujours celle de l’Empereur. Quand on lit le récit
des polémiques parfois violentes des pasteurs, auxquelles
se mêlent c potentat de l’industrie, les ministres, l’empereur
lui-même, on se croit reporté aux temps où les
derniers Césars romains et les rois barbares prenaient
part aux querelles théologiques des conciles et travaillaient,
sans s’en douter, à l’effondrement irrémédiable
du monde ancien.
T'al était le despotisme bienfaisant du baron de Stumm
qu’il n’admettait pas qu’on eût une autre opinion que