Bien des Allemands l’ont reconnu : la Prusse a toujours
été la tare “de l'Allemagne et le Prussien, ce métissé
de finnois, de slave et de germain, son mauvais
génie. Les témoignages surabondent de l'hostilité des
Rhénans contre les Prussiens de race, accourus dans
leur pays, des bords de la Sprée ou «es plaines désertiques
et marécageuses de la Poméranie ou du Mecklembourg.
Le soldat prussien surtout, cet automate en uniforme,
à la parole saccadée et brutale, est exécré; des
conflits quotidiens et souvent sanglants s’élèvent entre les
garnisons prussiennes et les habitants qu’on humilie à
toute occasion : l’incident de Saverne, en 1913, fut le
dernier acte de c long drame social.
Cherchant à expliquer cette persistante antipathie du
« Rheinland » pour les Prussiens, le fameux historien
L. von Sybel qui, professeur à Bonn, avait fait de sa
chaire une tribune antifrançaise, est forcé de reconnaître
que les Rhénans, sous la Révolution et l’Empire,
avaient bénéficié d’avantages considérables. « La Révolution;
dit-il, les avait libérés dans leur travail et leur
industrie; .elle leur avait apporté l'indépendance
sociale; elle avait jeté dans le domaine public les biens
de mainmorte et les propriétés féodales; le pays tout
entier avait prospéré. » Il y a loin de cette franche
déclaration de l’historien allemand aux diatribes haineuses
du petit chroniqueur sarrebrückois de 1901 sur
« les 21 ans de tyrannie française »
Mais, si juste qu’elle soit, la raison historique donnée
par Sybel ne suffit pas à rendre compte de l'attitude
irréductiblement hostile des Rhénans. Il faut reconnaître
dans cette profonde et persistante antipathie
pour les Prussiens, les naturels effets de la dissemblance
d'habitat, de formation ethnique, de traditions historiques,
de religion, de mentalité, et aussi, par contre,
les manifestations instinctives ‘de l’affinité originaire
de la race lorraine et rhénane avec la race française :
jusqu’au Rhin, c’est toujours la vieille Gaule et le pays
des Francs, en dépit des infiltrations germaniques,
d’ailleurs foncièrement assimilées.