traité qui donnait à la Prusse la province rhénane.
Talleyrand avait pourtant écrit dans ses Instructions
pour le Congrès de Vienne : « En Allemagne, la
domination à combattre est celle de la Prusse :
la constitution physique de sa monarchie lui fait
de l’ambition une sorte de nécessité; tout prétexte
lui est bon, nul scrupule ne l’arrête, la convenance
est son droit. Il est donc nécessaire de mettre un
terme à son ambition. »
Seulement, en donnant à la Prusse les anciens Electorats
ecclésiastiques qui comprenaient alors près de deux
millions d’habitants, les diplomates n’avaient pas prévu
que les deux tronçons, si éloignés l’un de l’autre, de la
monarchie prussienne, se rejoindraient quelque jour et
imposeralent par la force leur domination au Corps
germanique tout lentier. « L'unité de l’Allemagne, —
écrira plus tard le pacifiste Lamartine, avant Sadowa,
en constatant les envahissements de la Prusse, — serait
la mort de la France, la perspective la plus antifrançaise
qu’ait pu offrir à nos ennemis le génie de l’absurde. »
C’est le génie de'l’absurde qui s’est imposé à l’Europe,
le jour où l’Assemblée de ses diplomates a fait de la
Prusse notre âpre et dangereuse voisine, la mettant en
posture de prendre toujours et de tous les côtés.
Cette situation géographique servit de base aux intrigues
d’Henri Bôcking et des diplomates prussiens pour
demander le rattachement de Sarrebrück et Sarrelouis
au vaste pays rhénan si malencontreusement livré à la
Prusse détestée. Voici comment se déroulèrent officielle
ment les négociations :
En mars 1813, lorsque les Souverains et les ambassadeurs
réunis à Vienne, apprenant le retour de l’île
d’Elhe, eurent résolu « de ne pas poser les armes tant
que Bonaparte ne serait pas mis absolument hors de
possibilité d'exécuter des troubles », ils prirent en même
temps l’engagement de maintenir le traité de Paris, du
30 mai 1814, én ce qui concernait les limites de la France
qui nous laissaient Landau, Sarrebrück et Sarrelouis.
On ne saurait ‘trop, aujourd’hui, répéter et rappeler
ces faits, bien qu’ils soient très connus.