Malgré les assurances mille fois répétées des ministres
prussiens, Bôcking craint tonjours de voir ses projets
échouer au dernier moment, à cause des ltengagements
diplomatiques pris envers la France, et aussi
parce qu’il connaît l’aversion des populations rhénanes
pour les Prussiens, ces barbares nouveaux, venus du
fond de l’Allemagne, et leur sympathie pour les Francais
qui, malgré les malheurs de guerres prolongées dont
on les rendait responsables, s’étaient fait aimer par la
douceur et l’équité de leur administration, les avaient
délivrées de la servitude féodale et éclairées de l'éclatant
génie de la culture latine.
Et puis, Bôcking redoute l'intervention des ingénieurs
français de l’école de Geislautern. À l’époque où 1l
trame sa félonie, ce ne sont pas seulement, en effet, les
habitants de Sarrebrück qui, en masse, se montrent
inquiets de leur avenir, atterrés à la nouvelle qu'on
médite de leur imposer la domination prussienne. Les
ingénieurs de Geislautern unissent leurs protestations
aux leurs. « Ces ingénieurs, dit M. Engerand, qui
avaient tout fait pour la mise en valeur du bassin houiller
et s’étaient attachés à leur œuvre, la voyaient passer
à l’ennemi, au moment de donner ses résultats; leurs
efforts pour augmenter la puissance de la France profiteraient
à un Etat qui la haïssait. Ils ne se résignaient
pas. »
Ils avertissent notre Gouvernement; ils l’adjurent de
ne pas céder. Le 25 octobre 1815, l'ingénieur Henri de
Bonnard écrit à notre Ministre des Affaires étrangères
: « Les mines de houille de la Sarre sont nécessaires
aux habitants des départements de la Mosellls et de la
Meurthe. Que deviendra le canal creusé de Dieuze à
Sarrebrück pour le transport de la houille, des mines
aux salines ? » Et le malheureux ingénieur s’évertue à
démontrer qu’en toute équité, on ne peut enlever à la
France Sarrelouis, Sarrebrück, l’établissement de Geislautern,
les mines d’Hostenbach, la manufacture de
faïences des Villeroy à Vaudrevange, les importantes
usines métallurgiques de Dilling.