284
sortis de chez elle, elle nous a rappelés pour nous en faire l'observation,
et demandait qu’elle soit ouverte; l'ouverture faite, il s’est
trouvé quatre pains de sucre, huit livres de café, deux livres de
poivre, deux criques et un morceau de savon ; la femme Bertrand
nous a dit que depuis dix-huit mois son mari n’avait pas touché
un sol de ses appointements, qui sont de 900 liv. annuellement, et
qu’ils n’avaient pas d’autre ressource.
Une lettre de Bertrand à sa femme du 1. Avril 1793, porte:
„fais décrépir et blanchir que je n’aie plus le coeur navré en
entrant chez moi." Ainsi donc depuis dix-huit mois, si l’on en
excepte le temps où il a été employé par les Représentants du Peuple
et les Commissaires délégués, ce qui commence au mois de Février
dernier, il a fallu que Bertrand aille aux expédients pour nourrir sa
famille; l’état de pauvreté et de dénûment n’est pas un crime, loin
de-là, il mérite les plus grands égards et qui doit intéresser tous
les humains; mais est-il possible de croire que Bertrand, qui aurait
dû sentir le besoin, ait usé de despotisme vis-à-vis de Citoyens qu’il
voyait dans la même position, ne devait-elle pas lui rappeler la
sienne? devait-il donc agir en despote? Envers ceux auxquels il a
eu à parler dans le pays de Nassau; la chose n’est que trop vrai,
mais aussi nous avons été instruits qu’il fuyait de chez lui dans ces
moments de misère, et sa famille seule en éprouvait l’amertume;
Bertrand a été élu Maire de Hargarten, et il est malheureusement
vrai, comme le porte la dénonciation, qu’il a intrigué pour y parvenir;
c’est en promettant aux habitants que s’il était nommé, ils
jouiraient de grands avantages, qu’ils ne devaient pas espérer si
un autre avait la place ; ayant que Bertrand n’ait eu de commission,
il ne trouvait personne dans son village qui ait voulu lui faire crédit,
depuis ses commissions il payait tout au comptant. Il faisait
plus, il prêtait de l’argent, car il a prêté 200 liv. à l’administrateur
d’Hargarten, qui lui en redoit 100 liv.: et cependant il ne fait pas
participer sa famille à l’abondance dans laquelle il paraît être. Il
n’est pas de notre connaissance que relativement à la commission
du pays de Nassau il ait encore touché un sol d'appointement,
cependant si le ménage de Bertrand est dans le dénûment, d’après
les renseignements que nous avons pris, il ne s’épargne aucuns plaisirs.
Il y a eu à Hargarten un cantonnement de troupes, le
Citoyen Bertrand comme Maire, et l’ancien Procureur de la Commune,
ont, sans aucune autorisation, fait abattre des bois dans une