Est-il possible d’obtenir du Chancelier qu’il désapprouve publiquement ceux qui
soutiennent qu’il a signé avec une arrière-pensée. Le Gouvernement sarrois le souhaite
ardemment. Je me rends compte que cela est difficile, peut-être même
dangeureux, car il risque de mettre l’accent sur la responsabilité des Sarrois qui désirent
choisir eux-mêmes leur sort.
Or, il semble qu’ils souhaitent rejeter cette responsabilité; ils voudraient être
appelés à approuver un accord que tout le monde, l’Allemagne en tête, leur recommande
d’accepter.
Si je vous dis cela c’est que nous avons eu hier une crise sérieuse qui n’est pas
entièrement surmontée.
Dans le discours qu'il a prononcé le 13 Août, le Président Zimmer a accusé la République
Fédérale d’avoir mis 1 milliard lA à la disposition des partis pro-allemands
en Sarre, il s’est élevé contre l’agitation créée par ces partis, contre le „double jeu“
de Bonn et a déclaré que ses amis et les dirigeants C.V.P. considérant que le résultat
du scrutin risquait d’être faussé par ces méthodes déloyales, envisageaient de
faire voter non au referendum afin que le statu quo soit maintenu.
Il ne s’agissait pas là d’une boutade. Les dirigeants sarrois examinent en ce moment
cette possibilité avec le plus grand sérieux et le parti socialiste a demandé le
15 au Président Hoffmann de prendre immédiatement une décision dans ce sens.
Chez certains chrétiens populaires on se demande même s’il ne faudrait pas, au cas
où ,,1’agitation“ et le „double jeu“ continueraient, décréter l’état d’urgence et interdire
les partis pro-allemands.
Je n’ai pas eu de peine à convaincre le Président Hoffmann que tout ceci était
déraisonnable.
J’ai plus de difficultés avec les socialistes. J’ai vu hier tous les dirigeants du parti.
Leur thèse est la suivante: l’immixion allemande est intolérable; jamais les partis de
l’opposition qui ne disposent d’aucune ressource, ne pourraient imprimer et distribuer
des journaux (le journal socialiste pro-allemand est effectivement distribué à
100.000 exemplaires gratuitement), s’ils n’avaient pas reçu une aide de l’extérieur.
Cette aide prouve que les Allemands n’ont aucune intention d’appliquer loyalement
l’accord du 23 octobre. Dans ces conditions, nous faisons une opération de dupe en
allant au referendum. Le oui obtenu à une faible majorité, l’immixion de l’Allemagne
ira croissant au cours des élections législatives, les partis pro-allemands
auront 40 % des députés au Landtag, la Sarre sera ingouvernable. Il vaut donc
mieux mettre fin à cette agitation et voter non afin d’obtenir le maintien du statu
quo et le retour du calme.
Je n’ai, jusqu’à présent, réussi qu’à leur faire retarder de quinze jours leur prise de
position. Ils voudraient d’ici là obtenir de la Commission européenne et du Gouvernement
qu’ils fassent une enquête sur les fonds reçus par les différents journaux. Si
la Commission se refusait à cette enquête, alors ils renonceraient à la lutte.
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