règlement définitif de l’affaire sarroise était toujours la confirmation du statut
actuel sous la forme d’un état indépendant. Il y avait, en tous cas, deux principes
auxquels nous ne renoncerions pas: nous demandions le maintien du rattachement
économique de la Sarre à la France et nous étions opposés à une réintégration
politique de la Sarre dans le Bund, qui rendrait illusoire la solution économique
réclamée par nous. M. Blankenhorn a précisé que le projet du Chancelier
n’empêcherait nullement la continuation du rattachement économique à la France
et le maintien en Sarre de la monnaie française. Il a ajouté que M. Adenauer faisait
mettre actuellement ces idées au point par ses juristes et qu’il se proposait de nous
présenter un plan à bref délai. Le fera-t-il de manière confidentielle ou par une
offre publique? Je n'ai pu me le faire préciser. M. Blankenhorn m’a seulement
déclaré, en cours de conversation, qu’il convenait pour que telles tentatives de
règlement puissent aboutir, qu’elles conservent un caractère secret.
Quelle que soit la procédure adoptée par le Chancelier, il semble que nous devions
nous attendre prochainement à une proposition de sa part. Il serait nécessaire, à
mon avis, que soit établi le plus tôt possible par nos services un projet français de
règlement définitif du problème sarrois, par lequel nous puissions répondre au plan
de M. Adenauer, que ce (notre) projet écarte ou accepte l’idée d’une européanisation
de la Sarre.
L’état d’esprit dans lequel paraît se trouver le Chancelier mérite de retenir notre
attention. M. Adenauer envisagerait, semble-t-il, de ne plus rechercher la réintégration
de la Sarre dans l’unité allemande et serait disposé, dans une certaine mesure,
à tenir compte, de nos revendications. Il va sans dire que son projet, si la conception
générale en était retenue par le Gouvernement français, ne manquerait pas de
comporter pour nous un certain nombre de dangers. L’européanisation pourrait
n’être qu’un premier stade vers une réannexion. Si elle impliquait l’ouverture
complète de la frontière germano-sarroise, elle permettrait à l’influence, à l’action
politique et économique, à la propagande allemande, de s’engouffrer en Sarre et le
régime du territoire pourrait être ultérieurement remis en question. Ce régime
devrait, pour cette raison, être présenté dès l’abord comme définitif. En outre, l’édifice
de la nouvelle Europe n’est pas encore si solide qu’on ne doive pas réserver
l’hypothèse où il viendrait à s’effriter. Il conviendrait d’examiner ce qu’il
adviendrait en pareil cas du statut de la Sarre. Enfin, l’aspect pratique de ce régime
serait difficile à préciser.
Il me paraît, de toute manière, nécessaire que nous entreprenions sans tarder une
étude et que nous arrêtions notre position en cette matière. La remise, le 27 Juillet,
au Gouvernement Fédéral, de la réponse tripartite alliée à la note du Chancelier sur
la Sarre a produit sur l’opinion allemande un effet salutaire. Elle a prouvé à celle-ci
que, contrairement à ce qu’elle pensait, nous continuons d’avoir l’appui de nos
Alliés pour notre politique sarroise. Elle a apporté un tenne à une évolution de la
situation qui nous était défavorable. Le Chancelier a fait preuve dans ses commen¬383