M. Rieth, syndicaliste français chargé des questions syndicales au Cabinet du
Gouverneur de la Sarre actuellement en congé, assistait au meeting au cour duquel
il prit la parole pour dégager en cette affaire la responsabilité du Gouverneur en se
retranchant derrière la décision de M. Bidault, Ministre des Affaires Etrangères.
Les syndicats Sarrois sont décidés à mener campagne pour que soit rapportée la
décision de Paris. Leur action s’exercera, semble-t-il, auprès du Gouvernement
Français, auprès du Groupe Français du Conseil de contrôle à Berlin et auprès de la
Fédération Syndicale Mondiale.
Les partis socialistes et communistes ont décidé qu’ils s’abstiendraient de toute
intervention dans cette affaire qu’ils considèrent comme exclusivement syndicale et
qu’ils ne veulent pas faire glisser sur le plan politique.
Les milieux syndicalistes s’attendent à une pression très vive de la part du clergé
sarrois en faveur du Syndicat Chrétien. M. Kim a avoué ses craintes de voir les
prêtres reprendrent les méthodes qu’ils utilisaient avant 1933 dans leur lutte contre
les syndicats libres. A titre anecdotique, il a confié à M. Chanfrau que la prise de
position officielle en chaire constituait la méthode la plus anodine bien que la plus
spectaculaire mais qu’il en avait existé en fait d’autres plus délicates et plus dans
les rapports familiaux, voire même dans les rapports conjugaux des membres des
syndicats libres.
Il est certain que de telles méthodes sont loin d’être inspirées d’un idéal démocratique
et humain, et qu’elles risqueraient de porter des effets profondément nocifs
dans les esprits allemands qui commencent à s’ouvrir à l’idée de tolérance politique
ou religieuse que le message des représentants de la France républicaine est venu
leur apporter.
Dans le domaine pratique, la première conséquence des décisions de Paris s’est
déjà manifestée. Des bulletins d’adhésion pour un syndicat chrétien des mineurs
ont commencé à circuler. Le Gouverneur de la Sarre a dû les faire rentrer aussi tôt
car ils avaient été lancés par un militant chrétien qui s’était fortement compromis
sous le régime national-socialiste. MM. Wacker et Kirn font d’ailleurs observer
que la grande majorité de chrétiens qui n’ont pas sympathisés avec le nazisme
adhèrent actuellement au syndicat unique et qu'il sera difficile au promoteur des
syndicats dissidents de constituer des bureaux avec des allemands démocrates.
M. Kim tiendra M. Dureau au cours [sic] de l’évolution de la question et ce dernier
me communiquera toutes informations complémentaires qu’il pourrait avoir à ce
sujet. Je ne manquerai pas de vous les transmettre aussitôt.
Conclusion
De l’ensemble des faits qui précèdent, il semble bien résulter que les conditions
prévues par le télégramme auquel je me suis référé au début de ce rapport ne sont
pas remplies dans la Sarre. On peut, en effet, affirmer sans crainte d’être démenti
par les intéressés, que ceux-ci n’ont présenté jusqu’à présent aucune demande
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