La formule que nous proposons est entièrement conforme aux vœux des populations
librement et maintes fois exprimés.
Le but étant ainsi défini, il reste à fixer les moyens de l’atteindre. Le Gouvernement
français s’est préoccupé à cet égard de ne pas renouveler l'expérience de
1919, qui s’est révélée défectueuse parce qu’elle était vouée dès l’origine au
provisoire et aux surenchères.
La France n’a jamais eu l’idée d’incorporer de force 900.000 Allemands dans ses
frontières politique. Elle n’a non plus jamais eu l’idée de déporter les populations.
Elle s’est donc ralliée à l’idée d’une union économique et monétaire comme au
meilleur moyen d’organiser l’avenir des relations entre la Sarre et la France.
L’économie des deux territoires est dans une large mesure complémentaire et le
régime envisagé recueille l’adhésion de la population. A cet égard, la consultation
électorale qui a eu lieu en septembre dernier pour la mise en place des municipalités
a donné une immense majorité aux représentants des partis qui s’étaient
constamment prononcés depuis la fin de la guerre en faveur du rattachement économique.
C’est sur ces bases que le Gouvernement français a tracé le cadre du régime de la
Sarre, que je communique aujourd’hui à mes collègues, sous la forme d’un court
mémorandum.
Le rattachement économique et monétaire, sur lequel ce régime est fondé, implique
l’intégration de la Sarre avec l’ensemble de ses ressources dans les frontières
douanières de la France et la substitution du franc français au mark. Cette union
exige un alignement des deux économies par l’ajustement des prix et des salaires
en Sarre aux niveaux français.
Le cadre politique et administratif de la Sarre êst lui-même déterminé par les conditions
nécessaires au maintien de l’union économique et monétaire. La première
de ces conditions est le détachement de la Sarre de l’Allemagne. La Sarre constituera
de ce fait un territoire dont les habitants auront leur citoyenneté propre et
leurs propres institutions, fondées sur le principe du suffrage universel, direct et
secret. La France, qui sera chargée des relations extérieures et de la défense du
territoire, sera représentée en Sarre par un Haut-Commissaire, dont la principale
tâche sera d’assurer le respect par les autorités sarroises des principes de l’union
économique et monétaire. En dehors de ces restrictions, les autorités sarroises
seront compétentes pour administrer le pays.
Tel est, dans ses grandes lignes, le régime que nous proposons d’établir. La mise en
place des ces institutions devrait intervenir aussitôt que possible.
Cette considération explique l’obligation où le Gouvernement français s’est trouvé
et se trouve de prendre à l’égard de la Sarre un certain nombre de mesures indispensables.
La première de ces mesures a été de fixer les limites du territoire. Il s’agissait de
rectifier les frontières de 1919 dans ce qu’elles pouvaient avoir d’arbitraire au point
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