mouvements que nous aurons mis en avant pourront également subir un profond
discrédit.
Il a souvent été dit que l’actuel désir des sarrois de se rattacher à la France, en admettant
que ce désir constitue une réalité profonde, était fondé sur la raison et
l’intérêt. Il me semble, en effet, exact que la population de cette Province n’est pas,
dans l'ensemble, sentimentalement attirée vers nous et que son inquiétude de
l’avenir, de même que son souci d’une amélioration immédiate de son sort, sont
principalement à l’origine de la „compréhension“ que nous avons trouvée chez elle.
C’est pourquoi je vous indiquai, le jour des Fêtes de Sarrelouis, qui furent un
succès et pour lesquelles vous avez tenu à féliciter le Gouvernement Militaire, qu’il
convenait de modérer, pour l'instant, les manifestations de ce genre, la situation
internationale ne se prêtant pas à leur encouragement. Ne recherchant nullement en
Sarre un illusoire plébiscite, la France désire le rattachement économique de ce
territoire pour qu’il serve de réparation aux pertes matérielles qu’elle a subies du
fait de la guerre et de l’occupation; la France ne prétend pas que la population
sarroise est française, ni même qu’elle désire sentimentalement son rattachement à
la Métropole; elle ne cherche pas à obtenir l’accord des Sarrois qui n’ont pas, ou
très peu, leur mot à dire, mais l’accord des trois Grands qui façonnent la paix.
L’administration de la Zone a créé en Sarre un climat relativement favorable au
rattachement; elle a pris, d’autre part, les quelques mesures qui s’imposaient pour
faciliter, sur le plan administratif, ce même rattachement au cas où il viendrait à
être décidé.
Si le Gouvernement entend que nous allions plus loin dans cette voie, il est nécessaire
qu’il le dise sans ambiguité; s’il entend même que nous restions dans la
ligne tracée par ses instructions du mois d’Août, il faut qu’il le précise.
Pour ma part, croyant uniquement en une solution internationale du problème
sarrois et la voyant, pour l’instant, reportée à une échéance indéterminée, je me
propose, de suivre en Sarre la politique suivante:
1° - Dans le domaine religieux ne rien faire qui aggrave notre différend avec Mgr.
Bomewasser, Evêque de Trêves; sans doute est-il regrettable qu’il veuille s’immiscer
dans les affaires sarroises, mais ces affaires sont celles de son Diocèse et il ne
voudra pas rompre de lui-même un lien établi par les plus hautes autorités
spirituelles de ce monde.
2° - Dans le domaine administratif ou économique, envisager plus prudemment cet
autonomisme que, dans le cadre de la Zone, nous avions été amenés jusqu’alors à
conférer à certains secteurs de l’activité sarroise.
3° - Dans le domaine politique, agir avec modération, en évitant de lancer pendant
les semaines ou les mois qui vont venir, partis ou organisations dans des manifestations
favorables à la cause française mais qui perdraient à la longue leur raison
d’être si elles n’étaient suivies, dans un délai relativement bref, de la décision internationale
de rattachement. Eviter, toutefois, de faire apparaître cette attitude de sa¬258