Sans abandonner pour autant l'idée d’une annexion, on peut songer à l’assurer définitivement
en éliminant la population hostile. L’évacuation des grecs d’Asie
mineure est un précédent favorable, puisque cette menace permanente de conflit
entre Grèce et Turquie a disparu aujourd’hui. Mais si Ton règle ainsi certaines
difficultés à venir, c’est au prix de lourds sacrifices immédiats.
Il nous faudra reprendre tout d’abord la politique des déportations si vivement reprochée
à l’Allemagne. Ensuite les milliers de mineurs et de métallurgistes chercheront
en vain du travail dans une Allemagne peut-être privée de ses bassins
houillers. Ils se refuseront sans doute à émigrer vers l’étranger.
De notre côté, il nous sera difficile de trouver les mineurs et métallurgistes sans
lesquels l’annexion perd ses avantages économiques. La France a toujours manqué
de cette main d’œuvre spécialisée. Notre déficit démographique ne nous permettra
pas de faire accepter à des centaines de milliers de Français une vie dure avec la
crainte d’être un jour chassés de leur domicile. Il faudra donc faire appel aux
étrangers, solution inévitable, mais dangereuse en raison de la proximité de la
frontière. On peut songer aux mineurs polonais, s’ils ne sont toutefois pas retenus
par la reconstruction de leur pays. Les Italiens sont en principe à éviter, car ils
forment déjà une masse compacte en Lorraine. De toute façon, on ne pourra pas
établir en Sarre une population vraiment française; ce sera, comme en Lorraine industrielle,
une agglomération disparate avec des cadres français.
Puisqu’on n’espère ainsi qu’un demi-succès, on pourrait penser aboutir à moindres
frais au même résultat en maintenant sur place les mineurs et les métallurgistes
sarrois et en chassant les cadres administratifs économiques et culturels qui les
attachent à l’Allemagne. Mais il est pratiquement impossible d’imposer brutalement
à une société des cadres étrangers: ou bien ceux-ci resteront sans aucune prise
sur la masse, ou bien - ce qui est probable - ils prendront peu à peu ses tendances,
et le problème ne sera pas résolu. La population sarroise forme un bloc hostile à
l’annexion française et qu’il serait vain de vouloir diviser.
En dehors de l’annexion à la France, on doit envisager pour la Sarre divers régimes
politiques tenant un plus grand compte des tendances actuelles de la population.
Le territoire pourrait recevoir à nouveau un statut international. Ce régime suppose
l’existence d’une autorité supra-nationale, héritière de l’ancienne Société des Nations.
Son adoption soulève moins de difficultés que l’annexion à la France. Il
permet, en effet, de maintenir l’organisation sociale du pays tout en l’exploitant
dans le système économique français. Cependant, il ne satisfait pleinement à
aucune de ces deux conditions: l’administration sarroise peut gêner les
exploitations françaises et la présence de ces dernières provoquera les protestations
du patriotisme germanique.
Le rattachement de la Sarre à une Rhénanie apaiserait sans doute les susceptibilités
locales (les Sarrois sont des Rhénans). Il laisserait à la France des garanties analogues
à celles du régime international. Mais un effort économique entre la Sarre et
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