fluence; le service militaire et l’administration prussienne des mines avaient seuls
disparu. Les agents locaux restaient aux yeux du Reich des fonctionnaires allemands.
Enfin, Roechling fut toujours le chef reconnu de la propagande pour le
retour à la mère-patrie.
On ne saurait dans ces conditions nier la valeur des liens moraux qui rattachent les
Sarrois à l’Allemagne. Leur sentiment profond les rapprocherait sans doute davantage
de la Rhénanie, terre d’origine de nombreux émigrés, que de la France d’où
viennent les cadres sociaux. Mais ces deux attachements sont loin d’être contradictoires.
Le Français est devenu aujourd’hui un étranger, un voisin dont on redoute
les empiétements, quitte à profiter d’ailleurs de sa clientèle lorsque les circonstances
l’ouvrent aux produits locaux. Seuls les Alsacien-Lorrains, en raison même
de leur germanisation relative, sont considérés par les Sarrois comme des parents
proches.
2°) Les différents statuts politiques possibles-La
géographie humaine explique l’ampleur des difficultés politiques auxquelles
peut conduire une annexion économique de la Sarre à la France. Parmi les
différents régimes à envisager, un seul satisfait toutes les exigences de l’économie
française: c’est l’annexion politique. Les autres font une part croissante au souci de
ménager les sentiments de la population.
L'idée d’une annexion de la Sarre à la France n’est pas neuve; elle fut traduite dans
les faits par Louis XIV et la Révolution, et le dernier Traité de Versailles
envisageait pareille éventualité pour l’avenir.
Elle présente pour la France de grands avantages; sans parler de son intérêt stratégique
(essentiel pour Vauban) cette solution est la seule qui nous garantisse tous les
avantages escomptés de l’annexion économique.
Elle nous mettrait en revanche aux prises avec de graves difficultés politiques. Les
sentiments germaniques de la population, exaspérés par des cadres sociaux
menacés dans leur influence, éclateraient sans doute en manifestations violentes;
des grèves massives ou perlées, l’appel à la résistance active ou passive sont à
prévoir. La situation serait sans doute plus grave que celle de la Ruhr (qu’il n’était
pas question d’annexer politiquement) lors de l’occupation française. Elle
représenterait une lourde menace pour notre politique intérieure et extérieure; nos
principes démocratiques nous conduiraient à faire aux Sarrois une place dans notre
vie publique; celle-ci en serait perpétuellement troublée, comme le fut celle de
l’Angleterre par la question irlandaise. Dangereuse en pratique, cette situation
serait un démenti permanent infligé par nous mêmes à notre propre principe du
droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les Sarrois ne manqueraient pas d’y
faire appel dans leurs protestations devant le monde et leurs demandes d’assistance
à la mère-patrie. Menace d’intervention étrangère, danger permanent d’un conflit
nouveau avec l’Allemagne, tel serait au point de vue international, le passif d’une
opération qui semble bien déficitaire.
216