ont été rapidement remplacés par des Rhénans et même des Allemands de la rive
droite. Cette masse d’émigrés représentait en 1913 200.000 personnes. Tandis que
la partie lorraine du bassin, développée plus brusquement, a vu ses campagnes se
dépeupler et ses bourgs se remplir d’une population étrangère, la venue progressive
d’Allemands dans le bassin de la Sarre a favorisé la formation d’une population
germanique homogène.
La répartition géographique de cette population se caractérise tout d’abord par
l’existence de fortes densités humaines. Celle du territoire dans son ensemble
atteint 402 habitants au kilomètre carré. Elle est supérieure à 1000 sur une
importante bande de territoire le long de la vallée de la Sarre et de son affluent le
Sulzbach. Enfin, elle reste élevée dans les communes rurales.
Cette région industrielle si peuplée est presque dépourvue de villes. Seul Sarrebruck
est un centre important de 131.000 habitants. Encore est-il issu de la réunion
de quatre bourgs en 1909. Les autres agglomérations Saint-Ingbert, Ottweiler,
Neunkirchen même avec ses 42.000 habitants ne sont que des faubourgs industriels
d’une grande cité absente. 11 n’y avait pas en Sarre comme dans la Ruhr de vie urbaine
antérieure à l’industrie, et celle-ci n’a pu qu’accumuler les cités sans créer de
ville véritable. Cette absence de noyau constitué explique l’influence de l'organisation
sociale allemande à laquelle rien ne pouvait résister.
L’organisation sociale allemande prend les formes les plus diverses: administrative,
sociale, culturelle, religieuse.
Depuis 1815, le pays est administré presque entièrement par la Prusse (23 % du
territoire, dans sa partie orientale, relevaient du Palatinat bavarois). Berlin a mis ici
en pratique les méthodes appliquées en Rhénanie, (installation de fonctionnaires
prussiens en Sarre, passage des sarrois dans l’armée prussienne), avec peut-être un
succès plus grand encore.
L’industrie, l’université et le clergé se firent les auxiliaires de cette germanisation.
Les administrateurs des mines n’étaient que des fonctionnaires. Quant au maîtres
de forges, leur action fut particulièrement efficace sur les cités ouvrières qu’ils ont
créées autour de leur usine. Les Roechling, les Stumm furent sans doute les agents
les plus actifs de l’influence prussienne en Sarre. A Neunkirchen, deuxième centre
du pays, la municipalité est dans la dépendance étroite de la famille Stumm, propriétaire
des aciéries locales.
De langue allemande, les étudiants sarrois fréquentent l'université de Bonn, grand
centre d’influence prussienne en Rhénanie depuis 1815.
Enfin, la Sarre, dont le clergé dépend de Trêves, fait partie du bloc catholique de
l’Allemagne de l’ouest. Si le Kultur Kampf [sic] a pu opposer passagèrement cette
masse à la Prusse, le clergé consolide aujourd’hui les sentiments allemands du
pays. L’influence des communautés protestantes agit dans le même sens.
Ces cadres ont marqué l’esprit sarrois de leur empreinte. Les quinze ans d’administration
française ne leur ont enlevé que passagèrement une faible part de leur in¬215