La politique charbonnière de la France en Sarre doit avoir pour base le rétablissement
du régime domanial tel qu’il existait en 1920. Il y aurait avantage à étendre
cette propriété aux concessions qui pourraient être accordées au-delà de la frontière
dans la zone rhénane.
De grands efforts techniques attendent l’administration des mines: elle devra favoriser
la production du coke dont l’Etat français a le plus grand besoin. La Sarre peut
devenir en outre la grande source de gaz et d’électricité de cette région vers
laquelle il y a lieu de prévoir une extension des conduites sarroises. Les
circonstances permettront sans doute de surmonter les résistances que la
métallurgie rhénane a toujours opposées à la canalisation de la Sarre et de la
Moselle.
Dans le domaine commercial, d’autres obstacles seront à vaincre en France même.
Notre pays, qui manque toujours de charbon, doit savoir faire à la houille sarroise
une place suffisamment large et stable.
Pour diriger la métallurgie sarroise dans un sens favorable, il suffit de contrôler
quelques grosses entreprises sidérurgiques. Leur autonomie présente un double inconvénient:
elles sont pour la plupart dominées par des intérêts allemands et
d’autre part luttent difficilement contre leurs concurrentes de Westphalie qui ont
presque toutes des exploitations houillères à leur disposition. On arriverait sans
doute à de bons résultats en les donnant en propriété aux mines domaniales. Cellesci
auront d’ailleurs fort à faire pour rattraper le retard technique assez considérable
de la sidérurgie sarroise et pour écouler des produits dont les plus lourds rencontreraient
la concurrence directe de la Lorraine. Peut-être sera-t-il nécessaire de
limiter et de spécialiser cette production.
On parviendrait ainsi à satisfaire les besoins français en charbon et en acier par les
mêmes procédés: mise en règle des principaux moyens de production, organisation
rationnelle des ventes en France.
Notre pays doit demander un statut économique qui lui assure la libre exploitation
de sa nouvelle propriété. La meilleure garantie est offerte à cet égard par une union
douanière, monétaire et financière.
Une distinction douanière entre produits français et produits sarrois peut nuire à
l’exploitation des mines domaniales et permettrait à l’Allemagne de maintenir, par
un tarif favorable, ses relations économiques avec la Sarre.
La présence en Sarre d’une autre monnaie que le Franc peut conduire au même résultat.
Elle favoriserait en outre une dangereuse spéculation. L’union monétaire
avec la France suppose un assouplissement des règles de notre institut d’émission
(si toutefois la Sarre reste en dehors des limites politiques de la France).
Enfin, les Banques françaises doivent pouvoir remplacer leurs concurrentes allemandes,
c’est-à-dire multiplier leurs agences et assouplir leurs méthodes de crédit.
Cette union économique totale présente les avantages de la simplicité. Elle assure à
la France la garantie de ses intérêts en Sarre, et l’exclusion de toute influence alle¬213