Sarre revint à la production de la fonte et aux achats de minerai. Mais elle reste
désavantagée par la médiocrité des voies d’eau nécessaires au transport de ce produit
lourd.
La question du coke est plus grave. Le problème de l’utilisation métallurgique du
coke sarrois n’ayant reçu qu’une solution théorique, la métallurgie locale doit
acheter une bonne partie de son coke à la Ruhr, dont la sidérurgie possède ainsi une
supériorité technique considérable.
Cette concurrence jointe à celle de la métallurgie lorraine rend difficile l’écoulement
des produits sarrois. Les nombreuses industries de l’Allemagne méridionale
constituent leur meilleur débouché, dont il est difficile de trouver en France
l’équivalent.
Les autres activités économiques sont les auxiliaires des deux précédentes: les
industries secondaires, l’agriculture et le commerce achèvent de donner au pays
son caractère de région industrielle.
A part la verrerie et la mécanique qu’entretiennent une main d’œuvre ancienne et
très exercée, les petites industries ont essentiellement pour objet la satisfaction des
besoins locaux: la plus récente, celle de la chaussure, est venue du Palatinat
lorsqu’une frontière douanière l’a coupée de sa clientèle sarroise.
L’agriculture s’est spécialisée dans la production de la viande, du lait et des
pommes de terre nécessaires à l’agglomération industrielle. Mais désavantagée par
la pauvreté des sols, l’extrême morcellement de la propriété et la concurrence de régions
voisines plus favorisées, elle est incapable d’assurer à la population locale le
cinquième de son ravitaillement.
Les échanges sont ceux d’une région surpeuplée. La Sarre importe surtout des
denrées alimentaires et des matières premières industrielles. Elle exporte les
produits de ses usines et de sa métallurgie. Ce commerce se fait pour plus de 90 %
avec la France et l’Allemagne, mais, selon le régime politique, chacun de ces pays
a pris tour à tour le premier rang dans les échanges sarrois, bien qu’entre 1920 et
1935 l’Allemagne ait réussi au prix de gros sacrifices à maintenir une grande part
de son commerce avec la Sarre.
Cette instabilité des échanges est la conséquence néfaste des incertitudes politiques.
Un régime stable permettrait sans doute le plein essor de cette région
industrielle, qui forme un ensemble cohérent dont les limites correspondent à peu
près à celles du territoire.
3°) Le programme économique de la France en Sarre.
Le futur traité doit assurer à la Sarre un régime économique stable. De ce statut, la
France attend pour elle un enrichissement, pour l’Allemagne une diminution de
puissance et pour la Sarre le maintien de sa prospérité. Pour reconstruire un pays
toujours en déficit d’énergie, la France recherche avant tout de la houille et ensuite
des produits métallurgiques. Elle peut donc atteindre simultanément ces trois
objectifs.
212